RENCONTRES...

mercredi 28 octobre 2015

JE N'AI JAMAIS EU DE PETITE ROBE NOIRE - ROSELYNE MADELENAT

Avec Je n’ai jamais eu de petite robe noire  Roselyne Madelénat nous plonge dans la vie de Florence, journaliste dans la presse féminine et plus exactement dans les amours de Florence. Qui dit amours dit sa vie amoureuse décousue et l’amour qu’elle voue aux siens.

Georges le père est un cyclothymique, les bons jours avec lui, on pouvait les compter sur les doigts. Du coup on se méfiait. La mère, toujours sur le qui-vive. Prête à pleurer. Un kit du malheur à elle toute seule. Mais Florence avait déjà appris à se blinder, il fallait qu’elle pense à autre chose, elle pensait toujours à autre chose.

A la mort de la mère, Florence a peur de s’effondrer dans la douleur de son père, avec qui elle vient de renouer. Cette douleur lue dans son regard et qu’elle voudrait lui extirper, mais devant laquelle elle est et sera toujours impuissante. Mais ce père n’était-il pas psychorigide, tyrannique, n’a-t-elle pas tenté une fugue à quinze ans pour s’extraire de cette vie qui ne lui convenait pas. Pourquoi tant de souffrance face à un père dont elle ne voulait plus ? Peut-être pourrait-elle chercher un peu de réconfort dans les bras d’un amant, mais lequel ? Elle n’a pas tricoté suffisamment d’intimité avec eux pour une quelconque consolation dans leurs bras…

Florence ne sait pas qui elle aime, qui l’aime si elle s’aime d’ailleurs. Pourrait-elle au moins reconnaître son âge ? Que sa séduction a changé de braquet ? Quand elle se regarde dans un miroir, elle actionne automatiquement Photoshop, comme tant de femmes…

La disparition de la mère a déterré comme par enchantement des sentiments enfouis et la clé de la boite de Pandore, une boîte qui refermait un secret de famille datant de 1943. Ce secret finissait par suinter de toute façon. Un suintement sale et poisseux dont elle voudrait se débarrasser, se laver. Juste pour avoir une impression de propre. De net. 

« La vérité est un rapace qui déboule dans notre champ de vision et qui kidnappe ce à quoi nous tenons. La vérité possède elle aussi ce fameux goût métallique et anxiogène. Une fois qu’elle nous tombe dessus, nous ne pouvons rien faire pour la mettre à l’écart et l’oublier, elle prend toute la place, nous bouffe tout tel un cancer infiltrant. »

Une plume impétueuse qui nous fait voyager avec vivacité dans le temps, dans les frettes  des séditions de la mémoire qui flanche,  qui se défile. Cette mémoire qu’on commence par quémander et qu’on finit par enjoindre de se rappeler.

Les petites robes noires ont toutes leur petit secret, mais quand on n’en a jamais eu on se demande ce qu’elles ont de plus les filles à la petite robe noire. Je vous laisse le découvrir…






Edition: Hugo & Cie
Collection: Hugo Roman
222 pages
Date de parution: 15 Octobre 2015







L'auteure:

Spécialisée dans les domaines de la psychologie et de la sexologie, Roselyne Madelénat a travaillé pour de nombreux journaux et magazines comme Biba, Votre Beauté, Prima, Psycho et Sexo, mais aussi pour Les dossiers du Canard enchaîné, L’Obs Paris, France Soir et bien d’autres. 
Aujourd’hui, elle écrit encore pour l’Huffington Post, L’Obs, Fémitude et Fémi 9.
Si Roselyne Madelénat a déjà écrit des livres, Je n'ai jamais eu de petite robe noire est son premier roman.




mercredi 14 octobre 2015

LE BERCAIL – MARIE CAUSSE




Enfant, Marie Causse était hantée par les allemands, elle redoutait qu’ils ne reviennent pour lui enlever la personne qu’elle aimait le plus au monde, sa grand-mère.

Emile, le père de celle-ci fut arrêté le 13 février 1944. En 2013, Marie décide de découvrir ce qui avait mené à l’arrestation de son arrière-grand-père, profitant des recherches pour écrire un roman qui s’inspirerait de l’histoire de l’Auvergne pendant la seconde guerre mondiale.

Ce « roman » se divise en deux parties. La première, le roman à proprement parler, retrace l’histoire de la jeune Esther qui, pour financer ses études fait des ménages chez les anciens de son village et en profite pour les faire parler de la guerre. Tout y passe, la résistance, la collaboration, les non-dits. On finit par s’attacher aux personnages. On s’imprègne de la magie des lettres jaunies et autres photos sépia. Puis on arrive à la page 109 et la deuxième partie est là… ? Eh bien, il va falloir oublier Esther, ses « petits vieux », enfin on oublie tout ! Sur le coup, je me demandais si j’avais raté quelque chose, j’ai relu les 6 dernières pages, mais non, c’est bien la fin de l’histoire. Et pour moi la fin du roman.

La deuxième partie retrace le long parcours de l’auteure pour honorer la mémoire de l’arrière-grand-père et aider sa grand-mère à comprendre pourquoi il a été tué et ainsi faire son deuil. Un chemin long, mais incroyablement fastidieux pour le lecteur, truffé de détails notamment les recherches aux archives nationales, les différents personnages. Enfin comme disait la grand-mère de Marie : « Tu vas y mélanger avec toutes les histoires ? » 

L’auteure a fait le choix de ne pas mêler l’histoire de son arrière-grand-père avec la fiction pour être sûre de pouvoir démêler le vrai du faux. Ce qui a fait perdre à son livre le côté roman et en fait un docu-roman. Dommage, car elle a une très belle plume mais comme disait Saint Exupéry : 

La perfection est atteinte non pas lorsqu’il n’y a plus rien à ajouter, mais lorsqu’il n’y a plus rien à retirer !

Date de parution: 15/09/2015
Editions L'Arpenteur
256 Pages

lundi 5 octobre 2015

MARY - EMILY BARNETT

Ce qu’en dit l’éditeur :
Mary est une adolescente des années 2000, qui vit recluse avec sa mère dans un château. C'est aussi une jeune Américaine expatriée à Paris au début des années 50, mariée à un designer. Quels liens secrets entretiennent ces deux femmes ? Comment le Maccarthysme des années 50 peut-il contraindre mentalement une jeune fille d'aujourd'hui ? De l'enfance sauvage aux atermoiements amoureux d'une femme dans le New York d'après-guerre, Mary sonde les thèmes de l'adultère, de la maternité et de la filiation. Dans ce récit aux contours mouvants, indéfinis, le lecteur circule ainsi entre réel et imaginaire, passé et présent, Histoire et fait-divers. Creusant sans cesse des vertiges insoupçonnés, Mary nous plonge dans un univers vénéneux, aux confins de ceux de Daphné du Maurier et de Laura Kasischke

Mon avis:

Mary oh Mary, si je savais…

Je ne me serais pas acharnée à terminer la lecture de ce roman qui me laisse un gout amer, serais-je passée à côté de quelque chose, n’aurais-je pas assez de jugeote pour comprendre où l’auteure voulait en venir ? 
Franchement je n’en sais rien, je n’ai rien compris à ce premier roman.

Mary est le prénom que se partagent les deux héroïnes du récit, l’une adolescente vivant dans un château pendant les années 2000, et l’autre américaine des fifties amoureuse de Jim, en plein Red Scare. Ça on le comprend, mais par la suite, j’étais complètement perdue dans une dimension spatio-temporelle qui me dépasse radicalement ! On navigue entre le présent, le passé, les psychoses de l’une, les  délires de l’autre. Laquelle est folle, laquelle est laquelle déjà?

Ça a le mérite d’être bien écrit, mais on se perd au fil de l’histoire, j’ai eu beau essayer de me raccrocher aux indices pour établir un lien entre les deux héroïnes, mais je suis restée sur ma faim.

Quant à la quatrième de couverture je la trouve un peu déclamatoire, un univers à la Daphné du Maurier, je suis désolée,  nous sommes à un univers tout court…

Elle se serait appelée Ariane, on aurait peut-être trouvé un fil, mais elle s’appelle Mary…


Editions: Rivages
Date de parution: 26 Août 2015
187 Pages

dimanche 27 septembre 2015

LA DERNIÈRE NUIT DU RAÏS - YASMINA KHADRA


Quand on a déjà lu Khadra, normalement il est inutile de revenir sur  la qualité de sa plume, mais je ne peux pas m’en empêcher, ses talents de conteur sont condensés dans ce dernier ouvrage.

On oscille entre haine, pitié et dégoût. L’utilisation du « je » est tellement singulière, quand on connait l’auteur  (je ne prétends pas le connaitre vraiment mais j’ai eu le plaisir d’échanger avec lui à plusieurs reprises sur des salons), il est d’une grande élégance, et à le voir utiliser le « je », entrer dans la peau du Raïs, j’avoue que dès la première page, je me suis posée la question : Khadra est aux antipodes de ce qu’était Mouammar, va-t-il pouvoir entrer dans le personnage ? Il n’y est pas entré, il l’a vécu, vêtu, revêtu, il fait de cette mégalomanie, de cette violence, de cet être exécrable, un page-turner.  

L’incongruité de la situation est vite balayée, son style percutant, épuré,  la description intense vous plongent dans le personnage. Un pari résolument réussi.

On connait tous son issue fatale, on croit le connaitre, en revanche, on découvre ou redécouvre la face cachée. Mouammar Kadhafi est bien ce tyran sanguinaire mais on est brimbalé entre le visionnaire tyrannique et le bédouin indomptable, entre ce cruel tortionnaire et cet être en mal d’amour, mutilé par l’absence du père, cette incommensurable envie d’être aimé, adulé. « Ce peuple m’a-t-il sincèrement aimé ou n’a-t-il été qu’un miroir qui me renvoyait mon narcissisme démesuré ? »

Une envie déraisonnable, mais à la hauteur de l’amour qu’il porte à sa patrie, ce Guide comme il aime être appelé, adore avant tout sa Lybie, il renverse la monarchie dans un but : faire de la Lybie une grande nation. « Je n’ai ménagé aucun effort pour qu’en Libye les joies, les fêtes et les espérances cadencent le pouls de mon peuple, pour que l’ange et le soleil soient indissociables du rire d’un marmot. » « Bâtard ou orphelin, je m’étais substitué au destin d’une nation en devenant sa légitimité, son identité. Pour avoir donné naissance à une nouvelle réalité, je n’avais plus rien à envier aux dieux des mythologies ni aux héros de l’Histoire. J’étais digne de n’être que Moi »

Il est présenté comme un fervent musulman, et croit en la bénédiction de Dieu. Là-dessus il n’a aucun doute. Mais la cruauté de ses actes est annihilée par sa baraka. Il ne voit pas le mal, il n’a pas lieu d’être, il est le Guide, le sauveur. « Je n’ai ni fauté ni failli. La furie qui s’enfielle dans la rue est une dégénérescence, une infamie, un sacrilège. Une effarante ingratitude. Je ne suis pas un dictateur. Je suis un vigile implacable. »

Sa tyrannie engendre la peur, il assoit son pouvoir sur cette peur, elle est palpable tout le long. « Je ne tolère pas que l’on discute mes ordres, que l’on remette en question mes jugements […] qui ne m’écoute pas est sourd, qui doute de moi est un damné. Ma colère est une thérapie pour celui qui la subit, mon silence est une ascèse pour celui qui le médite »

Quelques échanges intéressants avec des homologues déchus pimentent ces pages, en l’occurrence Saddam et Benali, mais je tiens surtout à attirer l’attention du lecteur, de bien s’imprégner des passages sur Van Gogh, la chute est juste sublime.

Cette dernière nuit du Raïs aurait pu s’appeler « tuer le père… » Ce qui me fait penser à une citation d’Hérodote : en temps de paix, les fils ensevelissent leurs pères ; en temps de guerre, les pères ensevelissent leurs fils. Pourvu qu’il ait eu raison…

Je terminerai ce billet par une phrase, phrase qui en dit long sur Kadhafi : «  Le syndrome de Stockholm est l’unique recette qui marche avec les nations fourbes ».


Editions Julliard
207 pages
Date de parution: 19 août 2015


lundi 21 septembre 2015

PARADIS AMER - TATAMKHULU AFRIKA



J’ai longuement hésité avant de rédiger cette chronique, qui, je vous avoue m’a pris plusieurs heures, et finalement j’ai décidé de la mettre en ligne, si vous allez jusqu’au bout, vous comprendrez pourquoi.

C’est une perle rare, d’une extrême sincérité mais d’une homophobie et panique-gay dérangeantes, si on met les choses dans leur contexte, on peut éventuellement comprendre, je n’essaye pas de trouver des excuses, je précise, je le comprends !

Le livre commence par une note de l’éditeur qui nous explique qui est cet auteur.

Tatamkhulu Afrika est né en 1920 en Egypte, de père égyptien et de mère turque qui immigrent en Afrique du Sud et meurent de la grippe alors que Mohamed, car tel est son vrai prénom, est encore très jeune. Il est par la suite élevé au sein d’une famille d'Afrikaners blancs et est rebaptisé John. Envoyé combattre pour l’Afrique du Sud dans la campagne d’Afrique du Nord durant la seconde guerre mondiale, il fut capturé à Tobrouk en Lybie, et détenu dans des camps de prisonniers, en Italie et en Allemagne.

Paradis Amer est son histoire en tant que prisonnier de guerre…

Tom le narrateur, homme marié, reçoit presque soixante ans après la guerre, une lettre d’un anglais, Danny, qui a partagé ses années de camp avec lui, mais apparemment Danny est maintenant sur son lit de mort.

Cette lettre le replonge des dizaines d’années en arrière et le conduit à se souvenir d’une histoire d’amour peu commune, une histoire triangulaire. Tom se lie d’amitié au début de sa détention avec Douglas, qu’il trouve mou, trop doux et dont le désir envers lui est à peine déguisé, ce qui le répugne plus qu’il ne l’attire. Par la suite, il rencontre Danny, bronzé, viril, attirant, un vrai mâle. Les deux hommes se lient d’amitié rapidement.  Une amitié « saine » selon leur conception, sans arrière-pensée sexuelle.

Le drame central de cette épopée, bien que l’horreur des camps soit extraordinairement bien écrite et  très convaincante, le drame n’est ni la détention, ni la faim, ni la guerre, mais cette lutte de Tom pour  se réconcilier avec son amour et son désir pour Danny et sa haine pour Douglas, et toute la lutte intérieure de son moi profond: ce qu’il est et ce qu’il ne veut pas être, et ce qu’il occulte.

La troublante honnêteté de sa propre représentation de la masculinité normative exige le déni de son homosexualité. Le désaveu est intense et déconcertant, évidemment, à l’époque la virilité n’était même pas discutable, mais un traumatisme d’enfance subi également par Danny fort probablement les concilie…

Sa cruauté envers Douglas est embarrassante. Les passages homophobes m’ont fortement incommodée, cependant, le livre est largement sauvé par la plume de Afrika : C’est un interminable poème dans les méandres du symbolisme sexuel. 
Les descriptions sont vives et inquiétantes, ce qui est approprié pour le thème de la détention et des aspirations d'un jeune homme qui a grandi trop vite dans un environnement déshumanisant. La structure de phrases et le rythme sont inattendus et nécessitent une attention particulière, une volonté de ralentir et de revenir en arrière et examiner ce qu’on a lu, ce qui y est caché, ce qui s’est réellement passé dans les sinuosités des circonvolutions du phrasé.

Ce n’est pas un roman destiné à servir une allégorie pour les dangers de sentiments refoulés et l’incarcération, mais un livre insaisissable, écrit par la plume sage, de quelqu’un qui a beaucoup vécu, mais avec une grande lassitude d'esprit, un livre qui, même une fois fermé, continue à vous faire réfléchir aux innombrables significations du mot amour.


Je le conseille donc vivement !


Edition: Presses de la Cité
295 pages
Date de parution: 02 septembre 2015

dimanche 13 septembre 2015

SANS PITIÉ NI REMORDS - NICOLAS LEBEL


Quel plaisir de retrouver Dossantos, Latour, Mehrlicht et se pauvre Jaco qui, même s'il est passé de vie à trépas reste présent tout le long, et quelle présence !

Mes personnages fétiches ont gagné en rondeur, à l’instar de Nicolas Lebel, qui se bonifie avec l’âge comme du bon vin !

Ce troisième volet, qui peut être lu indépendamment des deux premiers, L’heure des fous et le jour des morts,  tourne autour de l’Art Premier.

Le Gardien des Esprits, une statuette en bois dérobée au MAAO (Musée des Arts d’Afrique et d’Océanie) est la pièce maîtresse de cette intrigue.

Jacques avait mis le même soin à organiser ses funérailles que sa succession. Passées les obsèques croquignolesques, Mehrlicht se vit remettre chez un notaire qui l’avait convié à l’ouverture du testament, l’un des yeux de la statuette, un diamant brut !

En parallèle, le reste de l’équipe est appelé pour constater des suicides. Les victimes ont un point commun, elles travaillaient ensemble au MAAO ! Politique de chiffre oblige, un suicide doit être réglé rapidement, or il s’avère que ce n’en est pas un…

Lebel est capable de vous soutirer un sourire dans une situation morbide, ce jongleur de prose, n’a pas fini de nous surprendre ! Pour les aficionados des sonneries du téléphone de Mehrlicht ! Vous allez être servis :)

Sans pitié ni remords gagne en noirceur, mais gagne «  a black Label ou black Lebel » au choix !

*

Une immersion dans le monde de l’art, de l’ouverture du Musée Branly aux transferts des collections,  une plongée dans Baudelaire, et la cryptographie, quel bonheur ces acrostiches et hémistiches. Du pur Lebel distillé avec soin !

Mehrlicht à la tête de rainette porte bien son nom (mehr Licht, plus de lumière), il est toujours là où c’est obscure pour apporter sa lumière, ses lumières ! J’attends avec impatience le prochain opus, j’espère d’ici là qu’il se sera fait une santé, je l’ai trouvé un peu vert !

Je sais je radote, mais une fois de plus je crie haut et fort mehr Lebel !

Une dernière requête à l’auteur, devrais-je me creuser la tête pour déchiffrer l’énigme de cet enchevêtrement de chiffres en dernière page, où devrais-je  m’enquérir auprès de Mehrlicht ? :)





*Rendons à César… j’ai traficoté le logo d’une marque de Skate Boards (ce n’est pas le Whisky) 


Editions: Marabout
382 pages
Date de parution: 25 Août 2015



 

dimanche 6 septembre 2015

ENGRENAGES - ERIC NEIRYNCK

Engrenages ! Eric sait emboîter les mots telles les dents d’un engrenage d’une machine. Mais ici, c’est une monstrueuse machine : la dépression…

Engrenages ! il suffit de limer une seule dent pour arrêter tout mouvement ! Un texte brut, court, Eric Neyrinck, nous balance à la figure les états d’âme de son homonyme. La première dent limée s’est matérialisée en une phrase : « tu m’as voulue, tu m’as eue » une lettre d’adieu simplement déposée à côté d’un corps inanimé au beau milieu du lit.

Engrenages ! qu’est cette psychothérapie salutaire mais ô combien addictive, surtout qu’Eric est pris en charge par le Docteur Alma, une psychothérapeute pas comme les autres, qui donne du sien, du sein… « Pour la première fois depuis longtemps, je ne pensais plus à rien sauf à cette heure passée avec cette inconnue. Inconnue, mais première personne, première femme qui me faisait du bien depuis si longtemps. La dernière devait être ma mère, j’exagère à peine. » Elle le guidera vers l’écriture salvatrice.

Détresse, amours, deuil, sexe, alcool, psychotropes,  pêle-mêle Neyrinck  nous les sert sur un plateau « dépressif » et nous laisse embarquer dans les montagnes russes des tourments de son héros

« Au final, je survis à la galère moderne commune et sans issue qu’est celle de ceux qui ne rêvent plus. Parfois je me dis que ce sont eux les plus malins. Oui, ceux qui ne rêvent plus. Au moins, ils n’ont plus mal aux tripes. Ils passent, sans races, sans se faire remarquer attendant de finir en cendres ou dans une boite à bouffer les pissenlits par la racine »

LiLys Editions
Date de parution : 27/05/2015
96 pages


L'auteur:
Éric Neirynck est né en 1970 à Bruxelles en Belgique. Après des études longues et difficiles et une formation incomplète de comédien, il a toujours cherché à exprimer ses sentiments, que ce soit par la musique (quelques participations à différents groupes dans les années 80) ou le théâtre. Il a fini par rencontrer l’écriture, de façon confidentielle et solitaire comme d’autres rencontrent le chant seul sous la douche. Ce n’est qu’après presque 25 ans qu’il a osé partager ses écrits avec d'autres. Ses premières « victimes » furent ses « amis » de Facebook. Depuis il a publié “Facebook, mon amour!" chez LC Editions, ensuite aux Editions Kirographaires. Il a aussi participé à différents livres collectifs dont « L’exquise nouvelle », « Historietas », « Les dix font le sapin » pour différentes maisons d’éditions

samedi 5 septembre 2015

LE CRIME DU COMTE NEVILLE - AMELIE NOTHOMB


Est-ce son nouveau titre de baronne qui a insufflé à Amélie l’idée d’écrire sur la noblesse ? En tout cas, elle a été mieux inspirée que par le champagne (ici la chronique sur Pétronille)

« Le crime du comte Neville » est tout simplement un polar à l’envers, pas de néologisme genre Larpo, non; juste qu’on connait l’assassin dès la première de couverture, mais on ne connait pas la victime, il n’y en a pas encore. Ne cherchez pas la police non plus, le crime n’a pas encore eu lieu.

 « Le crime du comte Neville » dresse le portrait d’une famille noble belge au bord de la banqueroute, il faut se défaire du château familial pour remonter la pente. Or, ce château, c’est le lieu de rendez-vous de la fameuse Garden-party du 4 octobre, marqué d’une jolie croix sur tout agenda mondain ardennais qui se respecte.

Époux heureux et père de 3 enfants, « Oreste », « Électre » et la dernière… « Iphigénie » ?? non « Sérieuse » !

Le comte de Neville est un Maître dans l’art de recevoir. Son inspirateur n’est autre que le roi Baudoin himself, non qu’il se crût capable de l’égaler, mais parce qu’il lui avait été donné d’entrevoir le Graal de l’entregent.

La prédiction d’une voyante, Rosalba Portenduère, vient troubler les préparatifs, puisque Monsieur le comte est censé tuer l’un des invités.

Peut-on échapper au destin prédit ? Mais quand on vit une prophétie comme un ordre, on ne souhaite pas vraiment y échapper…

Quelques longueurs au milieu du roman (je parle de longueurs dans un livre qui fait 135 pages :)  n’oublions pas que c’est un Nothomb), mais Amélie se ressaisit avec un dialogue père-fille qui insuffle un relent inoculant un peu de suspens au roman. Sérieuse, une ado très perturbée qui saura également troubler les codes nobliaux si chers au comte.

A l’instar des autres romans, évidemment on reste sur sa faim à la fin, c’est du Nothomb, les dernières pages n’ont pas été assez étoffées, mais on a la consolation de connaitre la victime.

Amélie dit du comte « S’il n’avait rien commis d’indigne, il n’avait rien accompli d’insigne ». D’insigne, elle, en revanche, m’a donné envie de lire Le Crime de Lord Arthur Savile d’Oscar Wilde, à qui elle rend hommage.

La décence m’interdit de faire un bookfacing pour ce dernier Nothomb, regardez bien la couverture, vous avez compris ! donc ne le cherchez pas :)

Editions: Albin Michel
135 pages
Date de parution: 19/08/2015

mercredi 2 septembre 2015

LA PETITE BARBARE - ASTRID MANFREDI



Ben voilà, c’est la rentrée des classes, la rentrée littéraire, donc à vos stylos et pour d’autres comme moi, à vos claviers :)

Pour commencer, il a bien fallu choisir parmi des centaines de livres de cette rentrée et j’ai jeté mon dévolu sur la petite barbare, un premier roman, et un coup de cœur pour ceux qui l’ont déjà lu !

La petite barbare dont on ne connaîtra jamais le prénom n’est pas faite pour être pauvre ! Donc l’argent elle va le chercher avec ses dents, voire ses cheveux, sa bouche, son corps quoi ! 
C’est elle qui nous conte son histoire, cloîtrée entre 4 murs en taule… son langage de banlieusarde-taularde-hargneuse est magnifiquement retranscrit par la plume d’Astrid. On ne dira jamais assez à quel point mater un mur toute la journée peut rendre fêlée, car une fois que t’as déchiffré les appels au secours du crépi tu te retrouves sur ton pieu face à une souricière. Rien à espérer sauf te raccrocher à des détails comme cette bande de lumière qui entre dans la cellule et dont la clarté sans accroc te propulse dans ton histoire.  
Je n’ai pu m’empêcher de revoir la couverture à la lecture de ce passage, les cheveux me donnaient l’impression d’un coup de griffes sanglantes sur un crépi.

Une mère à la dérive, un père flemmard, il braille qu’à l’ANPE, il n’y a que des fainéants, que la société est un tas de merde, que la politique c’est du spectacle. Que les paillettes ne se collent que sur les mains des riches. Il a la haine mais reste cloué sur le canapé. Chez elle il n’y a pas eu de baguette magique, le temps a appuyé sur la zappeuse. Pas comme une étoile filante ni façon superproduction ; chez elle, le rêve c’est plutôt un film sans budget pour ajouter la 3D.

La petite barbare c’est la rabatteuse de proies, mais attention, elle ne veut pas ressembler à une pute. Elle n’en a jamais été une. Elle a répondu à la demande, elle était l’offre. 
Son petit gang compte sur sa beauté pour dégoter des victimes, Esba le meilleur ami qui la respecte, black, baraqué, beau comme un Dieu, Woillem qui compte les thunes de la dope et Eric le petit loser.

Leurs proies ? M’enfin, les hommes, vous savez ceux… qu’elle enchaîne à eux même pour cimenter son propre reflet ou encore ces arabes du golfe, qu’elle ratiboise ; qui fondent, la prennent pour une soumise, attendent ses petits cris de jouissance comme le pétrole de leurs puits. Elle mime très bien, une vraie môme Marceau.

Le champagne, les Champs, les talons aiguilles et autres grosses cylindrées, ça ne dure qu’un temps, elle a dépensé son heure de gloire jusqu’à la lie, plus une seconde de disponible. Son gang de grands fauves qui se gavant d’ultraviolence pour encaisser l’ineptie d’un monde fabriqué sans leur avis, dérape, et se trouve l’auteur du meilleur film d’épouvante jamais réalisé battant à plates coutures les blockbusters. Sauf que là, c’était vrai. Et qu’il n’y avait pas Luc Besson au générique pour couper la scène où ça dérape.

D’un sang-froid inébranlable, la petite barbare nous raconte sa vie avec une précision tel un film en audiodescription, où on finit par voir surgir des images et parler des métaphores.


En revanche et contrairement aux autres lecteurs pour qui « La petite barbare » fut un coup de cœur, c’était un excellent moment de lecture, mais je suis un peu restée sur ma faim, la petite barbare disait « les vacances c’est dans la tête », pour moi je crois que « le coup de cœur c’est dans la tête » :)


"Au nom d’Allah ». Tu parles. Comme si on y connaissait quelque chose, nous aux préceptes du coran. Faire appel à Dieu, ça nous épargnait une chose : lui demander son avis. Et le citer, c’est déjà être pardonné."

"L’ascenseur social ne s’arrête pas dans notre pays. Au pays des filles perdues, y a que des escaliers qu’on grimpe sans trouver la fin du labyrinthe"

Edition: Belfond
150 pages
Date de parution: 13/08/2015


dimanche 2 août 2015

SAUF LES FLEURS - NICOLAS CLEMENT

Aujourd’hui, il lui reste peu de mots et peu de souvenirs, Marthe écrit l’histoire de sa famille, d’un lieu que je laisserai le soin au lecteur de découvrir, pour oublier que cette famille n’existe plus.

A 12 ans Marthe vit à la ferme avec ses parents et son petit frère Léonce à qui elle voue un amour incommensurable. Loin de l’école, deux joies lui rappellent la vie qui la gèle : coudre pour sa maman et lire des histoires à Léonce. Elle apprend à coudre sur une machine ajustée à ses doigts, d’où naissent de longues robes dessinées sans faiblir mais surtout destinées à couvrir les cicatrices de sa mère.

« Depuis des lustres, Papa ne prononce plus nos prénoms, se jette sur le verbe, phrases courtes sans adjectif, sans complément, seulement des ordres et des martinets […] Il nous conjugue et nous accorde comme il veut. Il est notre langue étrangère, un mot, un poing, puis retour à la ligne jusqu’à la prochaine claque. »

Malgré ces ténèbres, Marthe essayera de se construire et de fleurir, le lecteur la suit de ses 12 ans à ses 20 ans, 3 amours la porteront.

L’amour à son frère et sa mère,
L’amour des lettres inculqué par son institutrice Nathalie, qui est à l’origine de sa vocation d’apprendre plus tard le grec pour traduire Eschyle. « Je passe devant le bureau pour rejoindre ma place et je fixe la couverture du livre. Je lis Eschyle, que je confonds avec échelle, "qui sert à se hisser "»,
L’Amour tout court, celui de Florent, avec qui elle part fleurir et s'épanouir à Baltimore,

Mais le passé nous rattrape toujours... 

Marthe veut laisser un témoignage, tout peut être effacé, sauf les fleurs… qui malgré leur fragilité doivent survivre. En tournant les pages, tels des pétales, on prend soin de le faire avec douceur, d’abord parce qu’on tient entre les mains un vrai bijou littéraire et aussi parce qu’on laisse le temps au phrases de cheminer pour en savourer toute la beauté et enfin parce qu’on voit la fin arriver, 74 pages, c’est vite lu, donc on fait durer le plaisir…

« Je voulais une mère avec des épaules pour poser mes joues brûlantes. Je voulais un père avec une voix pour m’interdire de faire des grimaces à table. Je voulais un chien avec un passé de chat […] Je n’ai pas eu tout ce que je voulais mais je suis là, avec mes zéros, ma vie soldée du jour qui vaut bien ma vie absente d’avant. Je tombe rond ; mon compte est bon. »

Un texte concis, poignant et émouvant de sincérité !

Edition : Buchet Chastel
Collection : Qui vive
74 pages
Date de parution : 22/08/2013 9€

L’auteur :

Nicolas Clément est né en 1970 à Bourgoin-Jallieu. Agrégé de philosophie, il enseigne en lycée et en classes préparatoires.
Sauf les fleurs est lauréat du Festival du premier roman de Chambery 2014, Lauréat du Prix Emmanuel-Roblès 2014 et Lauréat du Prix du Métro Goncourt 2014





Photo auteur: crédit Héloise Jouanard 

lundi 27 juillet 2015

AIDE-MOI SI TU PEUX - JÉRÔME ATTAL



Stéphane Caglia surnommé Cague par la brigade, parce qu’il parait que c’est un vrai chieur, n’est pas un flic comme les autres, mais Aide-moi si tu peux n’est pas un polar comme les autres…

Quand tu lis un polar et que tu rigoles, tu te demandes si tu l’estampilles de polar :) , va pour un néologisme un « drôlar »!

Revenons à Stéphane, vous n’êtes pas sans savoir que la vie d’un flic qui baigne dans la violence n’est pas aisée, notre capitaine a trouvé la bonne parade, une bonne plongée dans les années 80, on y reste et on n’en sort plus !

Traqué par un tueur à la solde d’une mystérieuse secte, et assisté par la belle british Miss Prudence Sparks, Cague va devoir enquêter sur la disparition de la jeune Tamara, 17 ans, fan invétérée des Beatles. Elle postait des reprises sur internet des "Fab Four" et notamment le légendaire Help

En avançant dans l’enquête, de fil en aiguille, ou plutôt de corde en aiguille, puisque c’est la fameuse corde de ré de la guitare qui sera l’arme du crime, on suit Cague dans son enquête mais aussi dans ses démêlés avec les membres de la secte du "souterrain stellaire".  Il y a des assassins à arrêter et d’autres à déjouer... mais on continue de jouer de la guitare car c’est bien peut-être par là que se trouve la clé de l’énigme.

Nostalgique, drôle, beau et intrigant "Aide-moi si tu peux" est un bijou dans son genre.

Nostalgique : «Ah oui, parce qu’il faut que je vous dise, il y a eu un cataclysme, récemment dans ma vie : ma mère est morte cette année et depuis, chaque fois que je le peux, je me réfugie en pensée dans les années 80. » Cague

Drôle : « A  l’approche de la cinquantaine, on devinait qu’il luttait en permanence contre la tentation à faire du gras et la virgule qui imprimait le bas de son polo trahissait qu’en dépit de séances répétées en club de fitness, le menu de ses soirées devant la télévision variait entre pizzas surgelées et chips industrielles de la même manière que chez Schopenhauer la vie oscille comme un pendule entre le désespoir et l’ennui. »

Beau, encore Schopenhauer (mais je suis excusée c’est mon philosophe préféré ) : « Schopenhauer, il pense que les rapports entre les gens sont inextricables parce que ce que vous croyez juste pour vous n’est pas juste pour un autre. Il n’y a pas d’universalité dans la conscience. Mais moi, je crois quand même à la conscience, à cette foutue conscience qui devrait nous empêcher de commettre des actes cradingues. Bien avant de lire Dostoïevski, je croyais à la dignité de l’homme par la conscience. C’est comme ça que j’ai décidé de travailler dans la police. Pour essayer de prévenir les crimes et d’empêcher qu’ils se répètent. »

Et maintenant, lis-le, si tu peux, chiche :)


Petit clin d’œil à l’auteur s’il lit cette chronique : Leila, si tu voyais le coeur qu'elle a quand elle a rencontré les livres...


Editions : Robert Laffont sous la direction de Stéphane Million
Date de parution : 05 Mars 2015
265 pages



L’auteur :


Jérôme Attal est un écrivain, scénariste, auteur-compositeur-interprète , chanteur et parolier il a écrit plus d’une centaine de chansons entre autres pour : Johnny Hallyday, Vanessa Paradis, Florent Pagny, Eddy Mitchell, Constance Amiot, Pierre Guimard, Michel Delpech, Jenifer, Mickaël Miro, Mareva Galanter, Marie-Amelie Seigner, Daran, William Rousseau


 Il a également écrit 10 romans :

· L’Amoureux en lambeaux (février 2007) aux éditions Scali (2ème édition en mars 2011 en format poche)
· Le garçon qui dessinait des soleils noirs (octobre 2008) chez Stéphane Million éditeur
·  Le Journal fictif d'Andy Warhol (mars 2009)chez Stéphane Million éditeur
· Pagaille monstre (février 2010), chez Stéphane Million éditeur, (version augmentée février 2013) chez Pocket.
· Folie furieuse (octobre 2010), chez Stéphane Million éditeur, (version augmentée septembre 2013) chez Pocket.
· L’histoire de France racontée aux extra-terrestres (mars 2012), chez Stéphane Million éditeur, (version augmentée janvier 2014) chez Pocket.
·  Le Voyage près de chez moi (février 2013) chez Stéphane Million éditeur.
·  Presque la mer ( mai 2014) chez Hugo Romans.
·  Aide-moi si tu peux (mars 2015) chez Robert Laffont