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dimanche 22 novembre 2015

LE PROMENEUR D'ALEP - NIROZ MALEK

Qui n’a pas entendu parler de la guerre en Syrie ? Personne ! Que ce soient les médias, les réseaux sociaux, tout le monde donne son avis sur les migrants, leur sort et j’en passe, mais l’image qui nous est servie est celle de ceux qui ont quitté le pays, Niroz Malek nous parle de ceux qui y sont restés !

Il nous peint différents tableaux sous forme de saynètes tragiques, chaque saynète est un chapitre, ça peut remplir une demi page, comme 6 pages ; mais chaque chapitre est une gifle, que dis-je une baffe qu’on se prend en pleine figure, on n’a pas fini de la digérer qu’on se prend la seconde.

Il ne fait que retracer son quotidien, lui qui a refusé de fuir cette épouvantable guerre qui oppose les différentes factions.  
Par cet acte de résistance, il est le témoin par excellence d’une tragédie devenue folie meurtrière « Le corps pourrait-il survivre sans âme ? C’est pour cela que je ne partirai pas de chez moi, car il n’y a pas de valise assez grande pour contenir mon âme. »

Le quotidien d’un septuagénaire, qui se promène dans Alep.
Il va boire un petit thé au café, comme le font tant d’autres de par le monde, mais lui, il faut qu’il évite les barrages.

Il assiste à l’abattage anarchique des arbres des jardins publics, car il faut bien se chauffer.

Il voit déambuler un enfant nu dans les rues de sa ville, mais qui est complètement ignoré, les rues d’une ville dont le « peuple est devenu aveugle ».

Il va jusqu’à pressentir le drame de Aylan  « J’ai dégagé mon regard de l’horizon pour fixer mes pieds. J’ai vu alors des vêtements de petits garçons et de petites filles apportés par les vagues, venant de loin, parait-il d’un autre monde. […] Alors je me suis approché de la télévision  que j’ai rallumée de nouveau. Les images qu’elle diffusait m’ont horrifié. Les flots jouaient avec des enfants et des femmes, tous noyés ».

Il nous parle de ses amours d’enfance, de son amour  pour la littérature et les arts, Chagall, Van Gogh, Beethoven, Hemingway, Rachmaninov.

Bref, on est emporté par une magnifique plume, idéalement traduite (malgré quelques petites coquilles), on est emporté dans une poésie macabre à travers cette promenade dans Alep, cette ancienne cité fabuleuse sur la Route de la soie, une Soie devenue très rugueuse, rêche…


J’aimerai ajouter un petit mot sur mon bookstaging, la couverture est parsemées d’Olives , l'emblème d'Alep, les deux couleurs d'olives pour rappeler les différences ethniques, le feu pour rappeler la guerre, et un cœur d'olives pour rappeler l'amour que porte l'auteur à sa patrie...



Traducteur (de l'arabe): Fawaz Hussain
Editions : Le Serpent à Plumes
Date de parution : 20/10/2015
Nombre de pages : 156

L'auteur: 
Issu de la communauté yézidie, arabophone, Niroz Malek est syrien de parents kurdes. Né à Alep en 1946, il fait ses études à l’école des Beaux-Arts et participe à plusieurs expositions privées ou collectives avec des artistes syriens. Suite à la déroute arabe de 1967 face à Israël, il abandonne la peinture pour l’écriture. Depuis 1970, il a publié huit recueils de nouvelles et six romans. Certaines de ses nouvelles ont été traduites en espagnol, russe, anglais et kurde et publiées dans des revues littéraires. 

mercredi 28 octobre 2015

JE N'AI JAMAIS EU DE PETITE ROBE NOIRE - ROSELYNE MADELENAT

Avec Je n’ai jamais eu de petite robe noire  Roselyne Madelénat nous plonge dans la vie de Florence, journaliste dans la presse féminine et plus exactement dans les amours de Florence. Qui dit amours dit sa vie amoureuse décousue et l’amour qu’elle voue aux siens.

Georges le père est un cyclothymique, les bons jours avec lui, on pouvait les compter sur les doigts. Du coup on se méfiait. La mère, toujours sur le qui-vive. Prête à pleurer. Un kit du malheur à elle toute seule. Mais Florence avait déjà appris à se blinder, il fallait qu’elle pense à autre chose, elle pensait toujours à autre chose.

A la mort de la mère, Florence a peur de s’effondrer dans la douleur de son père, avec qui elle vient de renouer. Cette douleur lue dans son regard et qu’elle voudrait lui extirper, mais devant laquelle elle est et sera toujours impuissante. Mais ce père n’était-il pas psychorigide, tyrannique, n’a-t-elle pas tenté une fugue à quinze ans pour s’extraire de cette vie qui ne lui convenait pas. Pourquoi tant de souffrance face à un père dont elle ne voulait plus ? Peut-être pourrait-elle chercher un peu de réconfort dans les bras d’un amant, mais lequel ? Elle n’a pas tricoté suffisamment d’intimité avec eux pour une quelconque consolation dans leurs bras…

Florence ne sait pas qui elle aime, qui l’aime si elle s’aime d’ailleurs. Pourrait-elle au moins reconnaître son âge ? Que sa séduction a changé de braquet ? Quand elle se regarde dans un miroir, elle actionne automatiquement Photoshop, comme tant de femmes…

La disparition de la mère a déterré comme par enchantement des sentiments enfouis et la clé de la boite de Pandore, une boîte qui refermait un secret de famille datant de 1943. Ce secret finissait par suinter de toute façon. Un suintement sale et poisseux dont elle voudrait se débarrasser, se laver. Juste pour avoir une impression de propre. De net. 

« La vérité est un rapace qui déboule dans notre champ de vision et qui kidnappe ce à quoi nous tenons. La vérité possède elle aussi ce fameux goût métallique et anxiogène. Une fois qu’elle nous tombe dessus, nous ne pouvons rien faire pour la mettre à l’écart et l’oublier, elle prend toute la place, nous bouffe tout tel un cancer infiltrant. »

Une plume impétueuse qui nous fait voyager avec vivacité dans le temps, dans les frettes  des séditions de la mémoire qui flanche,  qui se défile. Cette mémoire qu’on commence par quémander et qu’on finit par enjoindre de se rappeler.

Les petites robes noires ont toutes leur petit secret, mais quand on n’en a jamais eu on se demande ce qu’elles ont de plus les filles à la petite robe noire. Je vous laisse le découvrir…






Edition: Hugo & Cie
Collection: Hugo Roman
222 pages
Date de parution: 15 Octobre 2015







L'auteure:

Spécialisée dans les domaines de la psychologie et de la sexologie, Roselyne Madelénat a travaillé pour de nombreux journaux et magazines comme Biba, Votre Beauté, Prima, Psycho et Sexo, mais aussi pour Les dossiers du Canard enchaîné, L’Obs Paris, France Soir et bien d’autres. 
Aujourd’hui, elle écrit encore pour l’Huffington Post, L’Obs, Fémitude et Fémi 9.
Si Roselyne Madelénat a déjà écrit des livres, Je n'ai jamais eu de petite robe noire est son premier roman.