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lundi 27 juillet 2015

AIDE-MOI SI TU PEUX - JÉRÔME ATTAL



Stéphane Caglia surnommé Cague par la brigade, parce qu’il parait que c’est un vrai chieur, n’est pas un flic comme les autres, mais Aide-moi si tu peux n’est pas un polar comme les autres…

Quand tu lis un polar et que tu rigoles, tu te demandes si tu l’estampilles de polar :) , va pour un néologisme un « drôlar »!

Revenons à Stéphane, vous n’êtes pas sans savoir que la vie d’un flic qui baigne dans la violence n’est pas aisée, notre capitaine a trouvé la bonne parade, une bonne plongée dans les années 80, on y reste et on n’en sort plus !

Traqué par un tueur à la solde d’une mystérieuse secte, et assisté par la belle british Miss Prudence Sparks, Cague va devoir enquêter sur la disparition de la jeune Tamara, 17 ans, fan invétérée des Beatles. Elle postait des reprises sur internet des "Fab Four" et notamment le légendaire Help

En avançant dans l’enquête, de fil en aiguille, ou plutôt de corde en aiguille, puisque c’est la fameuse corde de ré de la guitare qui sera l’arme du crime, on suit Cague dans son enquête mais aussi dans ses démêlés avec les membres de la secte du "souterrain stellaire".  Il y a des assassins à arrêter et d’autres à déjouer... mais on continue de jouer de la guitare car c’est bien peut-être par là que se trouve la clé de l’énigme.

Nostalgique, drôle, beau et intrigant "Aide-moi si tu peux" est un bijou dans son genre.

Nostalgique : «Ah oui, parce qu’il faut que je vous dise, il y a eu un cataclysme, récemment dans ma vie : ma mère est morte cette année et depuis, chaque fois que je le peux, je me réfugie en pensée dans les années 80. » Cague

Drôle : « A  l’approche de la cinquantaine, on devinait qu’il luttait en permanence contre la tentation à faire du gras et la virgule qui imprimait le bas de son polo trahissait qu’en dépit de séances répétées en club de fitness, le menu de ses soirées devant la télévision variait entre pizzas surgelées et chips industrielles de la même manière que chez Schopenhauer la vie oscille comme un pendule entre le désespoir et l’ennui. »

Beau, encore Schopenhauer (mais je suis excusée c’est mon philosophe préféré ) : « Schopenhauer, il pense que les rapports entre les gens sont inextricables parce que ce que vous croyez juste pour vous n’est pas juste pour un autre. Il n’y a pas d’universalité dans la conscience. Mais moi, je crois quand même à la conscience, à cette foutue conscience qui devrait nous empêcher de commettre des actes cradingues. Bien avant de lire Dostoïevski, je croyais à la dignité de l’homme par la conscience. C’est comme ça que j’ai décidé de travailler dans la police. Pour essayer de prévenir les crimes et d’empêcher qu’ils se répètent. »

Et maintenant, lis-le, si tu peux, chiche :)


Petit clin d’œil à l’auteur s’il lit cette chronique : Leila, si tu voyais le coeur qu'elle a quand elle a rencontré les livres...


Editions : Robert Laffont sous la direction de Stéphane Million
Date de parution : 05 Mars 2015
265 pages



L’auteur :


Jérôme Attal est un écrivain, scénariste, auteur-compositeur-interprète , chanteur et parolier il a écrit plus d’une centaine de chansons entre autres pour : Johnny Hallyday, Vanessa Paradis, Florent Pagny, Eddy Mitchell, Constance Amiot, Pierre Guimard, Michel Delpech, Jenifer, Mickaël Miro, Mareva Galanter, Marie-Amelie Seigner, Daran, William Rousseau


 Il a également écrit 10 romans :

· L’Amoureux en lambeaux (février 2007) aux éditions Scali (2ème édition en mars 2011 en format poche)
· Le garçon qui dessinait des soleils noirs (octobre 2008) chez Stéphane Million éditeur
·  Le Journal fictif d'Andy Warhol (mars 2009)chez Stéphane Million éditeur
· Pagaille monstre (février 2010), chez Stéphane Million éditeur, (version augmentée février 2013) chez Pocket.
· Folie furieuse (octobre 2010), chez Stéphane Million éditeur, (version augmentée septembre 2013) chez Pocket.
· L’histoire de France racontée aux extra-terrestres (mars 2012), chez Stéphane Million éditeur, (version augmentée janvier 2014) chez Pocket.
·  Le Voyage près de chez moi (février 2013) chez Stéphane Million éditeur.
·  Presque la mer ( mai 2014) chez Hugo Romans.
·  Aide-moi si tu peux (mars 2015) chez Robert Laffont

dimanche 24 mai 2015

L'ENFER DE CHURCH STREET - JAKE HINKSON

Hérésie à l’horizon, si ça vous choque, passez votre chemin…

Geoffrey Webb, dont l’embonpoint le met sur le podium des cibles parfaites,  est en train de se faire braquer sur un parking. Et cette situation lui convient bien, même très bien. A son agresseur, Paul, il propose un marché : empocher les 3000 $ qui se trouvent dans son portefeuille, en échange de cinq heures de voiture jusqu’à Little Rock, Webb a besoin de se confesser. Et il est prêt à expliquer pourquoi…

Cette confession « intime » nous laisse pantois !

Webb le tocard que même les autres tocards pouvaient regarder de haut, le baume qui renforçait l’estime de soi vacillante de tous était un beau-parleur, et cette qualité a fait de lui l’aumônier de l’Eglise Baptiste de Little Rock. Il le fait parce qu’il a tout simplement besoin d’un endroit et de l’argent pour vivre. En un mot monsieur tout le monde, que l’on prend en sympathie, sans pour autant s’y identifier.. Un homme pieux, dont la seule intention est de suivre la volonté du Seigneur…

Pieux, pieu à un X près, il vous le plante bien profond :)

Les crimes s’enchaînent et se déchaînent, mais ce ne sont que de pauvres concours de circonstance, vous auriez peut être pu faire pareil dans une telle situation… ce n’est vraiment pas un mauvais bougre, la preuve il est profondément amoureux d’Angela, mineure, fille du pasteur, qui est tout sauf une Lolita, une petite grassouillette insignifiante sous tout rapport !


Voilà le curé qui bouffe du curé, je vous ai dit que c’était un homme bien :)

« Si Dieu existe, eh bien, je crois qu’il a inventé l’humanité de manière que quelqu’un sache qu’il existe. Et en plus, il lui fallait un spectacle à contempler. S’il n’y avait pas les affreuses, vilaines petites manies de l’humanité, que pourrait-il bien faire de toute cette éternité ? »

« S’il n’ y a pas de souffrance, les hommes ne ressentiraient pas le besoin de croire en Dieu. Mais le plus écœurant, c’est que, s’il y a un Dieu, il a justement dû prévoir ça. »


Jake Hinkson maîtrise l’intrigue, puisqu’elle est brillamment menée, mais également la nature humaine. Aucune longueur, la quintessence de plusieurs péchés tenant dans un seul livre ! Un régal dans le genre transgression, du noir saupoudré d’humour noir !


Et le bookfacing dans la lignée du livre…




Editions Gallmeister
Collection NeoNoir
Date de parution : 05 Mars 2015
236 pages



L’auteur :

Jake Hinkson par Jake Hinkson
Flannery O’Connor a un jour écrit qu’“un écrivain qui a survécu à son enfance dispose d’assez d’informations sur la vie pour tenir jusqu’à la fin de ses jours”. Flannery O’Connor est mon auteure préférée.
Je suis né dans l’Arkansas en 1975. Mon père était charpentier et diacre dans une église évangélique, ma mère secrétaire dans une église. J’ai deux frères, l’un plus âgé, l’autre plus jeune. Le grand est devenu pasteur. Le petit enseigne l’histoire. Nous avons grandi dans une famille stricte, baptiste, du Sud des États-Unis. À l’époque, je ne considérais ni ma famille ni moi-même comme des gens “religieux”. C’était simplement la vie telle que je la connaissais. Nous allions à l’Église trois fois par semaine.
L’été de mes quatorze ans, nous sommes partis dans les monts Ozark nous installer dans un camp religieux géré par mon oncle et ma tante, des missionnaires. Ma famille s’est entassée dans un petit chalet et j’ai passé l’année de ma seconde à dormir sur le canapé.
Le camp organisait des réunions pour le renouveau de la foi et d’autres ateliers pour les jeunes. J’ai participé à un camp de travail pour les garçons, ce qui était aussi amusant que ça en a l’air. On y alterne travail en extérieur (défrichage, cimentage) et étude intensive de la Bible.
À cette époque,  j’ai commencé à lire des romans policiers que je sélectionnais à la bibliothèque. Mickey Spillane est le premier auteur dans lequel je me suis plongé. J’ai fait la découverte de Bogart au même moment, et via ses films, je suis arrivé jusqu’à Hammett et Chandler. C’est à cette période que j’ai loué en secret le film La Mort sera si douce, en pensant qu’il s’agissait là d’un porno soft, et c’est ainsi que j’ai découvert Jim Thompson.
Les deux obsessions de mes jeunes années – la religion et le crime – m’habitent encore aujourd’hui. À l’université, j’ai découvert O’Connor et Faulkner, Dickinson et Baldwin, mais toutes ces œuvres ramenaient aux notions de péché et de rédemption, de transgression et de ruine, qui ont constitué mon enfance.
Durant ma première année de fac, j’ai traversé une crise religieuse. Malheureux au sein de l’Église baptiste du Sud, conservatrice, mais réticent à l’idée d’assumer mon scepticisme, je me suis enfoncé plus encore dans la croyance et ai rejoint l’Église pentecôtiste ultra-orthodoxe. J’ai alors épousé la fille d’un pasteur pentecôtiste.
Quatre ans plus tard, lessivé par les services charismatiques (aucun maniement de serpent, malheureusement, mais un grand nombre de cris, de touchers, de prophéties et de langages codés), j’ai abandonné complètement l’Église.
J’ai repris mes études, et trouvé un petit boulot dans une vieille librairie de Little Rock. J’ai  discuté un jour de westerns avec Charles Portis. Une autre fois de livres électroniques avec Dee Brown.
Quelques années plus tard, j’ai intégré en Caroline du Nord, à Wilmington, un master de création littéraire où John Jeremiah Sullivan, Clyde Edgerton, Rebecca Lee, et Karen E. Bender enseignent. C’est à cette période, à tout juste trente ans, que j’ai découvert l’alcool. La première fois que je me suis saoulé, j’ai discuté avec Donna Tartt de La Corde, le film d’Hitchcock.
J’ai passé la grande partie des dix dernières années à enseigner, à l’Université du Maryland, à Trinity Washington University, et à Monmouth University dans le New Jersey. Depuis un an, j’habite à Chicago.
Mes principaux centres d’intérêt, mis à part lire et écrire, sont aujourd’hui d’observer les mystères inhérents à mon épouse, Heather Brown, et à notre chat, Little Edie Beale, et de hanter les différentes salles de cinéma de la ville. Mes goûts musicaux s’orientent vers le gospel d’antan - the Louvin Brothers, Sister Rosetta Tharpe, The Five Blind Boys of Mississippi.
J’écris souvent dans des magazines tels que la Los Angeles Review of Books, Mental Floss, Mystery Scene, Criminal Element et Tor. Depuis cinq ans, je publie des articles dans le journal de cinéma d’Eddie Muller,Noir City. Début 2015, Broken River Books a publié un recueil de mes articles consacrés au cinéma et intitulé The Blind Alley: Exploring Film Noir’s Forgotten Corners. Est sorti au même moment mon premier recueil de nouvelles, The Deepening Shade, aux éditions All Due Respect.
Voici, en résumé, ma vie jusqu’ici.

mercredi 1 avril 2015

L'HOMME QUI MENT - MARC LAVOINE


Et une célébrité de plus qui sort un livre ! Telle fut ma première réaction quand j’ai appris la parution de « L’homme qui ment ».


Poussée par ma curiosité légendaire, et malgré le fait que je ne sois pas fan. Mon histoire avec Marc s’est figée au milieu des années 80 où il m’arrivait de fredonner à tue-tête son tube de l’époque. J’ai donc décidé de lire ce premier roman !




Page cinq, titre « L’homme qui ment », sous-titre « ou le roman d’un enjoliveur » et en italique récit basé sur une histoire fausse.

Je peux vous dire, s’il y a une chose de faux dans tout le roman, c’est bien cette fameuse phrase en italique page 5 !
Marc écrit avec son cœur, et le cœur ne peut mentir.

L’homme qui ment c’est Lulu, Lucien, agent des PTT et cégétiste. Loin d’être parfait, il est avant tout le père de Marc et de Francis, l’époux d’une Michou dépressive, et l’amant de nombreuses femmes.

Un témoignage d’une grande sincérité où Marc décrit avec beaucoup d’amour et de pudeur sa vie dans cette banlieue rouge des années 60-70, les frasques d’un père volage, mais dont le statut d’icône reste intact, puisque l’amour qu’il lui porte est inconditionnel.
« Je grandissais et je devais faire semblant avec ceux que j’aimais le plus au monde, mon père que je devais protéger de mon regard pour qu’il ne se sente pas trop coupable, pour ne pas lui renvoyer le reflet de ma déception ou de ma détresse, et ma mère que je devais convaincre de ne pas s’enfermer dans sa solitude, dans son châle de tristesse qui parfois la recouvrait comme le linceul des amours perdues. »


Marc nous prend en confidence et nous raconte la fin d’un règne, le déclin proche et probable d’une famille qui ne tenait plus qu’à un fil.
« Alors que je sortais le plus possible et le plus tard possible, à taper sur mon ballon de plus en plus fort sous la lueur des réverbères. LE son de la balle qui s’écrasait contre le mur et rebondissait sur les trottoirs ou sur la rue résonnait comme des coups de feu. Je tirais des penalties à l’infini, comme pour fusiller mes souvenirs. »


Marc se confie au lecteur, et nous conte la rançon de la gloire, le revers de cette médaille tant enviée.
« J’aime porter des costumes qui me traînent loin d’ici, comme quand j’étais petit. C’est bien, acteur, pour ça. Mais comment accepter d’avoir du succès quand vos parents n’en ont pas eu ? Comment être heureux vraiment quand ceux que vous aimez ont connu bien des malheurs ? Comment être un homme quand votre Lulu de père a trompé la première femme de votre vie ? »
« Un physique qui parfois se résume, le succès venu, par un mot qui se veut agréable et qui, pour moi, est assassin : beau. […]La beauté n’est rien à mes yeux sans la force et le combat d’une gentillesse, sans la flamme des sentiments, l’exigence du travail : l’honnêteté. Ce succès, je le remets en jeu chaque fois, pour être enfin accepté pour ce que je suis. »


Une plume vraie, d’une grande honnêteté, très loin des nombreuses confessions déballées par des stars d’un jour. A travers ce livre, on découvre l’homme et on oublie la star.

Oui je l’avoue, j’ai fini par succomber au charme Lavoine, mais contrairement à mes congénères, j’ai succombé à sa plume. Il a les yeux revolver, il a la plume qui tue, il a tiré le premier, m’a touchée c’est foutu :)

Pitié les filles, si d’aventure vous voulez avoir la griffe de Marc lors d’une séance de dédicaces, pensez à lire « L’homme qui ment » avant, ça en vaut la peine…

En fait, qui avait dit que la curiosité était un vilain défaut ?



L’auteur :

Depuis quand on présente le loup blanc ?


lundi 23 mars 2015

GNAOUAS - SAÏD LAQABI

Certains amis m’ont demandé, et à juste titre, tu aimes tout ce que tu lis ? Je répondrai, non je chronique tout ce que j’aime et si je semble parfois accorder trop de louanges à mes dernières lectures, c’est que j’ai la chance d’être tombée sur des perles brillantissimes en ce mois de Mars.
Et Gnaouas, ne déroge pas à la règle, j’étais emportée dans la transe des Gnaouas, c’est le cas de le dire :)

Merci à Said Laqabi, pour son étonnant travail de recherche, c’est un roman historique qui prend pour toile de fond une période méconnue et ô combien passionnante quoique d’une grande tristesse : la traite des esclaves sous le règne des Sultans de l’Empire Chérifien et ce, il y a fort longtemps...
Dans Gnaouas, on suit Samba, un jeune Bambara issu d'une famille de notables des rivages du Joliba à Tombouctou (actuel Mali) dans ses péripéties qui l'emmenèrent jusqu'au royaume chérifien (actuel Maroc).
Une enfance heureuse et un début d’adolescence teinté d'une curiosité naturelle, il suivit ses amis sur les bords du fleuve pour pouvoir scruter au loin de jeunes nymphes couleur ébène. Un jour, lors de nouvelles pérégrinations, le jeune Samba  foula quelque chose de dur, un cauris, coquillage des plus précieux. Sa ruée vers l'objet de ses convoitises le propulsa de plus en plus loin, jusqu’à sa perdition... Samba venait d'entrer dans l'ignoble condition d'esclave, capturé par les négriers Touaregs, il fut vendu à un cheikh qui le prit sous son aile, l’initia à l’islam et lui permit d’apprendre un métier : la sparterie
Un firman du grand sultan, mit fin à tout espoir d’émancipation, puisque Samba, ainsi que tous les autres esclaves, furent enrôlés dans la Garde noire, en ces temps où le Maroc était en butte à des convoitises ibériques et ottomanes.

Paradoxalement, ce statut d'esclave-soldat, et après moult tribulations, permit à Samba de trouver sa voie, son émancipation et son salut dans le rituel d’une musique de transe, celles de anciens esclaves… les gnaouas.

A travers ce roman, Said Laqabi, nous fait découvrir ou redécouvrir les lillas musulmanes et juives, des pratiques ancestrales qui permirent aux esclaves d’être ennoblis, hissés, le temps d’une nuit, au rang de maîtres absolus, un trait d’union entre les humains et les esprits…

Vous aimez l'histoire en général? L'histoire du Maroc? Le mysticisme ou tout simplement les Gnaouas ! Ruez-vous dessus, vous ne le regretterez point ! La plume de Laqabi est d’une éloquence incomparable, elle vous emporte et vous transporte vers une transe linguistique et on en ressort avec un vocabulaire enrichi 





L'auteur:

Said Laqabi, écrivain et traducteur, vit et travaille à Safi, sa ville natale sur le littoral atlantique du Maroc. Titulaire d’un doctorat ès lettres françaises de Paris Nord sur « l’ironie contestataire », ce qui a d’ailleurs inspiré son 1er roman « Journal intime d’un figurant ». Said Laqabi a embrassé une carrière dans l’enseignement public puis privé. Actuellement, il s’intéresse plus à l’associatif, soit solidaire (promoteur et gérant d’un Foyer d'Etudiantes), soit culturel via l'association Les Amis de Thor Heyerdhal : festivals… 2 passions en sus de la culture underground du Maroc, le ciel (aviation légère) et la mer dans tous ses états.

Gnanouas, Editions l'Harmattan, collection: Lettres du monde arabe, date de parution, 3 février 2015,154 pages

mercredi 18 mars 2015

RAVENSBRÜCK MON AMOUR - STANISLAS PETROSKY

Günther Franzentich, est fils de fermiers allemands, mais à son grand désarroi, il n’a aucun instinct agricole. En revanche, il est très doué en dessin. N’étant d’aucune aide dans la ferme familiale, il fut enrôlé de force au moment de la construction du camp de Ravensbrück, seul camp de concentration réservé aux femmes. Il en devient l'illustrateur officiel, obligé de mettre son talent de dessinateur au service des autorités nazies.
Rien n'échappe au crayon affûté du jeune homme : l'horreur des camps, les expériences médicales, les kommandos, les mœurs des officiers, la vie, la mort.
Dans ce roman noir, Stanislas Petrosky pénètre au cœur de Ravensbrück et en décrit implacablement chaque recoin, afin de ne jamais oublier.

Mon avis :
Comment peut-on oublier ? Nous avons un devoir de mémoire, quelle que soit notre origine, mais cette piqûre de rappel secoue, même quelqu’un comme moi, passionnée que je suis par cette période !!!

Oui, c’est noir, très noir même, mais la couleur dominante reste le rouge, le rouge sang « je voulais que l’on soit aussi marqué en regardant mes dessins, que l’horreur des scènes saute aux yeux, alors je ne donnais couleur qu’au sang, à la maladie, aux coups et à la pourriture. »
C’est un roman que j’apparenterai à un témoignage, même si l’auteur est un quadra, sa plume magnifique, ne laisse aucun doute, nous sommes en 1939 et parcourons avec un nœud au ventre les six années suivantes.
Günther s’avilissait à offrir ses talents à tout ce qui avait un semblant d’autorité afin de garder les faveurs qu’on lui avait accordées. Comme de la prostitution artistique, il donnait un dessin pour vivre un peu plus longtemps, pour être nourri correctement. Un jour, il prit la décision de garder ses dessins « Il fallait donc que je les cache quelque part, juste pour les revoir quand la guerre serait finie, pour ne pas oublier….les gens nous croiraient-ils si nous leur racontions tout ce qui se passait dans ce camp ? »
Il dessinait des corps torturés et décharnés. Il dessinait des memento mori !

Pour oublier ces corps émaciés, il arrivait à Günther de se rendre au quai de débarquement pour voir les nouvelles arrivées, c’est là qu’il la vit pour la première fois, son nom: Edna.
Comment peut-on aimer au sein d’un mouroir, comment peut-on aimer au "pont aux corbeaux"? Il ne faut pas chercher ! Même au cœur de l’horreur, le cœur a ses raisons « Une petite sonnerie, comme une alarme, retentit dans mon cerveau. N’étais-je pas en train de foncer droit dans un piège ? Je savais que si je manifestais un sentiment […] je risquais ma peau, d’autant plus que je ne savais pas les donner à moitié ou juste un peu, je donnais tout. Je ne savais pas faire dans la demi-mesure. J’ai toujours été entier, alors pas question de faire machine arrière, puis surtout son sourire était imprimé dans mon esprit. »

Cette parenthèse romanesque apporte un peu d’humanité au roman, mais on replonge rapidement dans l’horreur, Stanislas ne nous ménage pas, la cruauté est là, et est décrite telle quelle. Le fameux Revier et sa salle de dissection, - un vrai jardin de supplices -, vous plongent dans un abyme de souffrance. En lisant ces passages, on fleure la mort, on est imprégné de son odeur. L’être humain n’est plus humain, il y devient un objet d’expérimentation.

Certes, il faut s’accrocher pour ce genre de lecture, mais ça en vaut largement la peine ! Pour un primo-auteur, le pari est brillamment réussi !

« J’y allais à reculons et une fois de plus, je m’attendais au pire. Mais ce que j’y vis était au-delà. C’était l’un des mystères de ce camp, vous aviez beau vous attendre à une chose horrible, vous étiez toujours en dessous de la réalité. Pourtant, en tant qu’artiste, je pouvais me vanter d’être très imaginatif, mais jamais assez par rapport à la cruauté nazie. »

Pour en savoir plus sur Ravensbrück
Pour commander Ravensbrück mon amour date de sortie 15 mars 2015

L’auteur :
Né en 1975 sur les bords du lac Sevan, en Arménie. Stanislas Petrosky quitte son pays à l’âge de dix-sept ans pour rejoindre la France. Il glissera dans une délinquance de plus en plus dure et connaîtra de nombreux démêlés avec la justice.
C’est lors de ses séjours à l’abri du soleil qu’il se découvrira une passion pour l’écriture, sombre de préférence, en commençant par les nouvelles. Ravensbrück mon amour est son premier roman.
Bibliographie :
Le Prisonnier (nouvelle) dans Santé ! collectif des auteurs du noir – Atelier Mosésu -2013
L’enfant des mille collines (nouvelle) dans Enfants des rues – Yucca éditions – 2013
All women are bad (nouvelle) The Cramps – Camion blanc – 2013
Moi le salaud…(nouvelle) Projet.Ayiti15-812 – ¼ hibou éditions – 2014
Valentin (nouvelle) – l’Exquise édition – 2014
Les Stained with blood (nouvelle) The Gun Club – Camion blanc – 2014
Haine 13 (nouvelle) – Ska éditions – 2015
Ravensbruck mon amour – Atelier Mosésu – 2015

dimanche 15 mars 2015

LA ROUTE DES COQUELICOTS - VERONIQUE BIEFNOT ET FRANCIS DANNEMARK

Olena, qui vient d’Ukraine, a vingt-sept ans et le rêve d’une vie meilleure. En 1992, sans papiers, elle travaille à La Moisson, une maison de retraite du Nord-Pas-de-Calais où règne une certaine fantaisie. Ce que l’on sait d’elle, c’est qu’elle est pleine d’espoir, de courage – et qu’elle sourit.

« Parfois, le sourire franc et le regard pétillant ne suffisent pas. Parfois les gens exigent autre chose : des papiers, des autorisations, un titre de séjour attestant la légitimité d’être là, sur ce coin de terre, parce qu’on y est né, accordant le privilège de respirer l’air de ce pays parce qu’on a la bonne couleur ou le bon passeport… »

Parmi les pensionnaires de La Moisson, il y a la tendre Lydie. Il y a l’altière Flora, autrefois danseuse, et l’intransigeante Henriette. Il y a Charles le sage et Théo le séducteur, qui n’oublie pas qu’il a été coiffeur.

A la faveur d’un épisode sentimental qui bouleverse la maisonnée, Olena, au volant d’une Opel pas toute jeune, va traverser l’Europe avec ces trois vieilles dames et sa petite fille. C’est le début d’une épopée émouvante, haletante et souvent drôle, durant laquelle ces cinq femmes vont découvrir que l’amour ne connait pas de frontière et qu’il n’y a pas d’âge pour commencer une vie nouvelle.

Un roman-route d’une tendresse poignante, on suit trois « petites vieilles » dans leur périple à la recherche de l’amour d’Olena. En départ de Douai, vers Berlin, Lisbonne en passant par la frontière polonaise, Sète et Madrid, sur une route parsemée de coquelicots, mais surtout parsemée de l’envie d’aider et de faire du bien pour autrui.

Il n’y a pas d’âge pour commencer une nouvelle vie, il n’y a pas d’âge pour la quête de la félicité.

Un roman mené d’une main de maître (je devrais parler au pluriel), mais à l’écriture Véronique Biefnot et Francis Dannemark, n’ont font qu’un. Il ne faut pas se méprendre, ce sont bien deux talentueux auteurs, qui nous embarquent vers la quête du bonheur…

« La vie c’est ce qui vous arrive alors que vous étiez en train de prévoir autre chose » Jeanne Moreau citée page 67


Les auteurs :

Véronique Biefnot est née à Colfontaine en 1961, et vit à présent en Brabant wallon avec son époux et ses trois enfants.
Après une agrégation en philo et lettres à l’ULB, l’étude de la peinture aux Beaux-Arts et de l’Art Dramatique au Conservatoire, Véronique Biefnot a interprété plus de quarante grands rôles sur des scènes théâtrales belges. Parallèlement à cette vie d’actrice, de présentatrice de télévision et de metteur-en-scène, elle a toujours mené des projets en solitaire, creusant le sillon artistique grâce à la peinture et l’écriture. Elle est l’auteur de 5 romans, dont une trilogie parue chez Héloïse d’Ormesson : Comme des larmes sous la pluie, les murmures de la terre et Là où la lumière se pose.
Francis Dannemark est né le 13 avril 1955, à Macquenoise, sur la frontière franco-belge et sous le signe du Bélier. Lors de ses études de philosophie & lettres à l'Université de Louvain, il anime une revue littéraire, " La Vigie des Minuits Polaires ". Il est actuellement éditeur, conseiller littéraire indépendant et est l’auteur d’une vingtaine de romans.


La route des coquelicots est le premier roman Biefnot-Dannemark


La route des coquelicots, Le bookfacing...