RENCONTRES...

mardi 11 novembre 2014

ET NIETZSCHE A PLEURE - IRVIN D. YALOM




Vous voulez appréhender l’œuvre de Nietzsche sans effort et apprendre quelques notions sur la psychanalyse Freudienne ? Lisez la suite !




Venise, 1882; "Docteur Breuer, je dois absolument vous voir pour une affaire urgente. L’avenir de la philosophie allemande est en jeu." Signé Lou Salomé.

Cette femme hors du commun, qui a réellement existé, tout comme Dr. Breuer, Nietzsche, Freud et Anna O., orchestre une rencontre entre Josef Breuer et Friedrich Nietzsche. Cette mante religieuse, grande manipulatrice se sent responsable de l’état de santé de Friedrich fragile tant physiquement que psychiquement. Ils ont vécu une intense et brève relation dont l’échec a plongé Nietzsche dans un désespoir profond qui le fait penser au suicide.


Dans une Vienne envoûtante de la fin du 19 ème siècle, haut lieu de la culture et de la modernité, mais aussi la période où l’on assiste aux prémices de l’antisémitisme ; se tient cette rencontre fictive. Une joute oratoire originale et passionnante prend naissance entre le philosophe de génie et l’un des pères de la psychanalyse, sous les yeux d’un Freud débutant, admiratif devant la méthode de « la cure par la parole » du Dr. Breuer.


Nietzsche hautain, rigide, incompris mais surtout solitaire, refuse de reconnaître son mal-être. Afin d’arriver à ses fins, le Dr Breuer est dans l’obligation d’élaborer un stratagème. Ce qui consistait à mettre son âme à nu, à demander de l’aide à Nietzsche, afin de le convaincre à faire de même. C’est là qu’entre en scène le personnage d’Anna O. qui sert en quelque sorte de fil conducteur au roman. Deux hommes amoureux Breuer/Anna – Nietzsche/Lou de deux femmes inaccessibles, des amours impossibles, des âmes torturées, des pensées obnubilées, comment s’en sortir ? Un suspense psychologique d'un récit d'une manipulation mentale qui se retourne contre son auteur, on est à l’affût, à chaque instant, on veut savoir ce qu'il va se passer, et on ne le lâche pas!


L'analyse et les descriptions psychologiques sont fines et intelligentes, cela permet d'exploser le fonctionnement tortueux du mental. On ne sort pas indemne d'un tel livre tant par la pertinence de la pensée des deux hommes que par l'inévitable effet miroir qu'il produit. On apprend à mieux accepter les choses et les sentiments négatifs ainsi que les déceptions qui les accompagnent. 


Et Nietzsche a pleuré... on connaît la fin grâce au titre. Mais le suspense est omniprésent !


J’en ai déjà trop dévoilé, je n’en dis pas plus.


4ème de couv:

Venise, 1882. La belle et impétueuse Lou Salomé somme le Dr Breuer de rencontrer Friedrich Nietzsche. Encore inconnu du grand public, le philosophe traverse une crise profonde due à ses relations orageuses avec Lou Salomé et à l'échec de leur ménage à trois avec Paul Rée. Friedrich Nietzsche ou le désespoir d'un philosophe. Le Dr Breuer, l'un des fondateurs de la psychanalyse. Un pacte secret, orchestré par Lou Salomé, sous le regard du jeune Sigmund Freud. Tout est là pour une magistrale partie d'échecs entre un patient extraordinaire et son talentueux médecin. Mais qui est le maître ? Qui est l'élève ? Qui soigne qui ? Et c'est à une nouvelle naissance de la psychanalyse, intense, drôle et machiavélique, que nous convie Irvin Yalom.



Si vous souhaitez en savoir plus sur les protagonistes, pour information Anna O. s’appelait Bertha Pappenheim


GLACE - BERNARD MINIER


Bernard Minier, agent de douane sorti de nulle part, se proclame primo-auteur, et nous pond un page-turner sous le nom de « Glacé », et bien Monsieur Minier, vous pouvez continuer !!!! 

Minier à mon avis est un mélange de Fred Vargas et de Stieg Larsson (Puisqu’on s’attache durablement aux personnages à l’instar de : Adamsberg, commissaire fétiche de Vargas et Mikael Blomkvist de Millenium.


Un extrait de la quatrième de couv pour poser le décor : « Dans une vallée encaissée des Pyrénées, au petit matin d’une journée glaciale de décembre, les ouvriers d'une centrale hydroélectrique découvrent le corps sans tête d’un cheval accroché à la falaise. Ce même jour, une jeune psychologue prend son premier poste dans le centre psychiatrique de haute sécurité qui surplombe la vallée. Le commandant Servaz, flic hypocondriaque et intuitif, se voit confier l’enquête la plus étrange de toute sa carrière»
C’est un thriller efficace, l’intrigue est rythmée, haletante et retorse, subtilement dérangeante aussi, une maîtrise totale des codes du polar.

Les personnages – très atypiques- :

- Le commandant : Flic extrêmement intuitif, très attachant et le plus intéressant, adepte des citations latines
- La psy : Paumée dans les deux sens du terme, mais surtout dans un environnement lugubre
- Le beau gosse riche : un Dr Jekyll/Mr Grey côté fortune (et oui, j’ai lu les 50 nuances lol), mais Mr Hide par ailleurs…
- La proc' : très coincée
- La fliquette : Maroco-chinoise ! La beauté de son corps est inversement proportionnelle à celle de son visage
- Le flic : Hétéro, Homo, Bi ????
- Le psychopathe : on ne peut faire plus psy-@#ù¤$£
- La gendarme : « in »-cernable !
…
- Le centre pénitentiaire psychiatrique : Glauquissime, pour « soigner » les criminels les plus dangereux d’Europe
- La montagne : La rudesse pétrifiante des lieux est un facteur propice à ces crimes, et c’est là où on retrouve le VRAI personnage principal en toile de fond. La montagne vous engloutit, vous dévore, vous glace…

Tous les ingrédients pour vous cuisiner, euh pardon, pour faire un bon thriller sont présents : les crimes horriblement mis en scène sont bizarres. Les lieux encore plus, macabres et rudes. L’enchevêtrement des histoires qui évoluent en parallèle. Les fausses pistes menées d’une main de maître. Dès le premier crime, on se demande où l’intrigue va nous mener, et contrairement aux polars classiques, on en a aucune idée et cela finit par vous rendre totalement accro, ce n’est pas un page-turner pour rien, les 725 pages format poche, sont vites dévorées.

Bref, c’est un thriller sans temps mort et très convaincant, le suspense est omniprésent, on ne le lâche pas, il ne nous lâche pas, une œuvre d’art sculptée dans… la glace !

Si vous aimez les thrillers où on ne devine pas le meurtrier dès les premières pages, celui-ci est pour vous!



lundi 10 novembre 2014

LE PROBLEME SPINOZA - IRVIN D. YALOM


Rosenberg allemand demeurant en Estonie, élève obnubilé par les idées aryennes, passionné par les thèses de Chamberlain sur la prétendue supériorité de la race aryenne, confirme à ses professeurs atterrés : « Je crois que si nous ne sommes pas vigilants, la race juive aura raison de nous. Ce sont des faibles. Des parasites. L’éternel ennemi, la race qui s’oppose à la culture des valeurs allemandes »

Que faire face à cette conviction d’infériorité de la race juive ? Les professeurs, sachant que le jeune Rosenberg vénère Goethe, lui vouant une admiration sans limites, décident de l’obliger à lire Spinoza, en reprenant l’autobiographie de Goethe et en travaillant sur les passages où il évoque son inspirateur Spinoza. 

C’est ainsi que débute ce roman, Irvin Yalom, subtil comme à son habitude, essaie de démontrer comment un anti-juif virulent se trouve confronté à la pensée du juif Baruch Spinoza.

De nouveau, et sans verser dans l’uchronie, il met en parallèle deux esprits diamétralement opposés, en mettant face à face leurs raisonnements, et en réalisant une psychanalyse fictive des deux protagonistes. (Rosenberg par un certain Friedrich Pfister et Spinoza par le penseur Van den Enden):

- Baruch (Bento) Spinoza, milieu du 17ème siècle, rebelle au sein de la communauté juive des Pays-Bas, haut lieu d’accueil des marranes portugais et espagnols ayant fui leurs pays. Spinoza homme incarnant le courage et l’intégrité. On lui propose de garder ses idées, de ne pas les divulguer, contre une pension conséquente et un avenir prometteur en tant que leader spirituel. Spinoza décide de subir l’excommunication (le Herem) et l’exclusion afin de ne pas renier ses idées. Parmi ses questionnements : Comment Moise aurait pu écrire un livre relatant sa propre mort ? Avec qui les enfants d’Adam et Ève se sont-ils mariés ? Pour lui, Dieu se confond avec la Nature et que par-là, Dieu n’est que Nature. La religion doit être écartée de la politique, et ce n’est que de la superstition manipulée par des religieux.

- et Alfred Rosenberg, 1918, construisant lentement mais surement son idéologie Nazie. Confronté à un épineux problème de conscience : admirer un philosophe juif, épouser la pensée d’une race inférieure n’est pas compatible avec son idéal aryen. Rosenberg était dépressif, mal-aimé et tourmenté, recherchant en permanence l’approbation des autres et dépendant affectivement d’un petit caporal, qui deviendra le führer. Ce dernier l’utilise plus qu’il ne l’apprécie. Malheureusement, et l’histoire le démontre, la lecture d’un philosophe éclairé n’a jamais contrecarré l’obscurantisme des esprits bornés. Fait réel, Rosenberg a fait confisquer la bibliothèque de Spinoza après l’invasion des Pays-Bas. Dans les archives de l’époque, on fait référence au « problème Spinoza »…

Il est à noter que Yalom, n’est pas tombé dans le cliché du gentil et du méchant, chose que j’ai fort probablement mal retranscrite dans cette critique, mais…

S’il y a une phrase à retenir de ce livre, c’est celle-ci : 

« La force d’une conviction est sans rapport avec sa véracité »

Baruch Spinoza


Annexe du livre : « J'ai voulu écrire un roman qui aurait pu se produire. En restant aussi proche que possible des événements historiques, je me suis servi de mon expérience professionnelle de psychiatre pour imaginer le monde intérieur de mes protagonistes, Bento Spinoza et Alfred Rosenberg. Afin de donner accès à leur âme, j'ai inventé deux personnages, Franco Benitez et Friedrich Pfister, et toutes les scènes les impliquant relèvent, naturellement de la fiction. »


Je ne pouvais pas passer à côté du bookfacing de l'un des livres qui m'ont le plus marquée en 2014 :) 







L'auteur:

Professeur émérite de psychiatrie à Stanford, Irvin Yalom est l’auteur, entre fiction, philosophie et psychothérapie, de nombreux essais, romans ou récits, best-sellers dans le monde entier, dont:

La Méthode Schopenhauer, 
Mensonges sur le divan, 
Et Nietzsche a pleuré, 
Le Bourreau de l’amour,
La Malédiction du chat hongrois, 
Thérapie existentielle, 
Le Jardin d’Épicure, 
En plein cœur de la nuit 
ou Dans le secret des miroirs.












LA METHODE SCHOPENHAUER - IRVIN D. YALOM


A la lecture de ce livre, je vous avoue que, j’ai pris mon temps, pas par paresse, mais tout simplement parce que je ne voulais pas le finir, voir la fin approcher provoque toujours un brutal coup d’arrêt.

Quand on a avalé des centaines de pages, on décélère soudain, quelques dizaines de pages avant la fin, pour savourer lentement chaque paragraphe...Vous vous demandez surement, mais de quoi elle parle ?


Ce livre n’est pas un roman, ni un essai, ni une biographie, c’est un curieux mélange de fiction, de psychobiographie et de pédagogie thérapeutique (termes utilisés par l’auteur dans ses remerciements). J’ai fait LA rencontre de la BIBLIOTHERAPIE à sa lecture.


 J’étais hermétique à la philosophie, traumatisme dû à une prof névrosée au lycée, Yalom a su me réconcilier avec cette discipline et surtout il a réussi un véritable exploit en me donnant furieusement envie de lire Schopenhauer ! Dans "la Méthode Schopenhauer" psychologie et philosophie sont en concurrence sans pourtant entrer réellement en conflit.

 Détrompez-vous, ce n’est pas un livre prétentieux, ni alambiqué, et trempez plutôt dans l’histoire, Yalom nous amène à une certaine réflexion sur la mort et sur la vie.


 La mort mais également la solitude, la relation aux autres, la sexualité et l'image que l'on a de soi, sont analysées sous un angle accessible. On a vraiment l'impression d'aborder, sans difficulté, de nombreux concepts philosophiques.


  Julius Hertzfeld, célèbre psychiatre de 65 ans habitant à San Francisco, veuf depuis 10 ans, apprend qu’il est atteint d’un cancer de la peau, son mélanome lui laisse un répit d’un an, le premier choc passé, il décide de continuer à vivre les 12 mois qui lui restent sans rien changer. Il ne sait plus à quel saint se vouer, et se résout à se consacrer à ce qu’il aime le plus : son métier. Il décide de contacter ces anciens patients qu’il n’a pas pu guérir. Son choix se porte sur le plus asocial, manipulateur et antipathique de tous. Philipe Slate, obsédé sexuel, il a suivi une thérapie 20 ans auparavant avec Julius mais qui s’est soldée par un cuisant échec.


 Avec surprise, il constate que Philip s’en est sorti, grâce à la philosophie de Schopenhauer. Désireux d’exercer comme psychothérapeute, Philippe a besoin d’un tuteur. Il propose à Julius de l’aider et en contrepartie, il est prêt à faire partie de la thérapie de groupe de Julius pendant 6 mois.Au fil de la lecture, on découvre les 7 personnages qui forment le groupe et qui se réunissent chaque lundi.


Chacun d'entre eux ayant un profil psychologique particulier qui provoque des situations où tout se dévoile sans pudeur et avec profondeur. Le livre est une "alternance" de deux méthodes, Yalom alterne avec une grande dextérité les chapitres entre le travail de la thérapie de groupe, méthode clinique de Julius et la méthode de Schopenhauer sur laquelle Philippe revient sans cesse, et par là, nous découvrons sa biographie. Ce qui fait de ce livre une magnifique introduction à l'oeuvre du philosophe. Le tout ponctué de citations choisies avec soin, qui nous donnent à réfléchir la journée, le temps de reprendre la lecture le soir...  



Pendant 468 pages, j'ai été, comme Julius et Philip, un membre de ce groupe de thérapie. J'ai évolué avec eux...  


"L'homme disposant de la richesse intérieure n'exige rien d'autre du monde extérieur que le temps libre et la tranquillité qui lui permettront de profiter de sa richesse, c'est à dire de ses facultés intellectuelles."  

dimanche 9 novembre 2014

CHARLOTTE - DAVID FOENKINOS

«Charlotte a appris à lire son prénom sur une tombe»


Telle est la première phrase de ce roman/biographie Charlotte (Salomon) de David Foenkinos, mais je préfère commencer par ma rencontre avec ce livre avant de parler de son contenu. Il y a deux semaines, roulant pour un petit bout de temps, je tombe sur une émission radio où Foenkinos était invité pour parler de son dernier roman ! Toutes les antennes étaient de sortie ! A la fin de l’émission, et dès que j’ai coupé le contact j’ai googlé Charlotte Salomon, car je vous avoue je ne voyais pas du tout de qui il s’agissait ! J’avais bien entendu compris qu’elle avait vécu pendant la seconde GM, qu’elle était peintre, mais son nom ne me disait rien ! Vu l’obsession de Foenkinos pour cette jeune femme, dont il a découvert par hasard l’œuvre à Berlin, mais au point de marcher sur ses traces dans toutes les régions où elle avait vécu, je sentais que mon obsession naissait…

Le plus surprenant dans Charlotte c’est la façon dont le livre est écrit, je laisse Foenkinos vous l’expliquer :
« J’ai tenté d’écrire ce livre tant de fois.
Mais comment ?
Devais-je être présent ?
Devais-je romancer son histoire ?
Quelle forme mon obsession devait-elle prendre ?
Je commençais, j’essayais, puis j’abandonnais
Je n’arrivais pas à écrire deux phrases de suite.
Je me sentais à l’arrêt à chaque point.
Impossible d’avancer.
C’était une sensation physique, une oppression.
J’éprouvais la nécessité d’aller à la ligne pour respirer.
Alors, j’ai compris qu’il fallait l’écrire ainsi. »
Et pour ma part j’ai compris pourquoi Foenkinos en était obsédé, c’est un destin tragique hors normes, une surdouée de la peinture. Charlotte écrit, et peint l’histoire de sa famille. Une oeuvre « Leben? oder Theater? » Vie ? Ou Théâtre ? de plusieurs centaines de feuilles retraçant l’intégralité de sa vie, par ailleurs le jour où elle a dû s’en séparer et la confier à un ami, elle lui dit « Gardez-les bien, c’est toute ma vie ! »

Une œuvre peinte dans l’urgence, dans une sorte d’apnée artistique déroutante.
Une vie sous forme de peintures lumineuses contrairement à sa vraie vie qui n’était que souffrance, douleur, une litanie macabre de suicidés, de déportations, d’interdits et surtout beaucoup d’humiliation !
Mais dans tout ce malheur, la chance peut sourire par moments, Charlotte par un miracle encore plus insensé que les horreurs qu’elle vivait, fut admise à l’école des beaux-arts de Berlin ! Elle connut également l’amour, elle a rencontré des personnes qui l’ont aidée ! Mais… elle a fini sa vie, enceinte, nue avec le numéro d’un portant à retenir, pour pouvoir retrouver ses vêtements après la douche !

L’horreur de la guerre dans toute sa splendeur ! La splendeur d’une artiste dans toute cette horreur !
Pour moi Foenkinos sort du registre « lecture légère », et intègre le registre « auteur en pleine maturité »... à cueillir, j’attends avec impatience son prochain fruit !

ET CERISE SUR LE GATEAU !!!! LE PRIX RENAUDOT 2014 A ETE ATTRIBUE A DAVID FOENKINOS POUR CHARLOTTE







DEUXIÈME CERISE SUR LE GÂTEAU !!!! UN DOUBLE EXCEPTIONNEL LE GONCOURT DE LYCÉENS!! 





LE DERNIER GARDIEN D'ELLIS ISLAND - GAËLLE JOSSE

Gaëlle Josse signe avec « Le Dernier Gardien d’Ellis Island » un roman fort, qui mêle habilement le destin unique de John Mitchell le gardien, l’histoire avec un grand H d’Ellis Island et celle des exilés vers la «Merica» terre de tous les rêves…

A l’époque on parlait d’exil, de nos jours on parle d’immigration ou d’expatriation (Les gens du sud immigrent et les gens du nord s’expatrient) mais ceci est un autre débat !!!

Nous sommes en 1954, dans 9 jours le centre d’accueil d’Ellis Island fermera ses portes à jamais, John, en attendant les officiels qui viendront par bateau pour une dernière cérémonie, arpente « son » île de long en large et se remémore les souvenirs des 45 dernières années passées sur Ellis. Certains sont heureux et d’autres le sont moins, il décide de coucher sur le papier tout ce qu’il y a vécu. C’est fini avec cette île d’où il n’emporte que des malles de souvenirs. Sa vie.

Pendant ces neuf jours, une introspection profonde voit le jour, il est face à ses heures sombres, ses erreurs, et son humanité. C’est l’histoire de John et de milliers d’exilés partis pour un monde meilleur, c’est le récit d’une vie solitaire, mais de quelqu’un qui avait le pouvoir sur des milliers de vies. Deux destins se détachent plus que les autres, deux personnes qui ont marqué John et qui ont fait qu’il ait failli en tant qu’homme et en tant que directeur du centre…

 « C’est par la mer que tout est arrivé. Par la mer, avec ces deux bateaux qui ont un jour accosté ici. Pour moi ils ne sont jamais repartis, c’est le vif de ma chair et de mon âme qu’ils ont éperonné avec leurs ancres et leurs grappins. Tout ce que je croyais acquis a été réduit en cendres »… mais c’est aussi par-là que tout s’est achevé !

Une plume exigeante, une écriture ciselée, un sujet toujours d’actualité (un siècle après ce ne sont plus des européens et ce n’est plus la même destination, mais toujours les mêmes rêves et les mêmes «des»espoirs), et surtout un très grand coup de cœur !


LE THEOREME DU HOMARD - GRAEME SIMSION


Il est des livres qui vous hantent, vous happent, vous harponnent… tel un rendez-vous clandestin, vous n’attendez que le moment où vous serez plongé dedans… c’est ce que j’ai vécu lors de la lecture du Théorème du Homard. C’est un livre que j’ai dévoré, carapace et pinces comprises, il est tellement digeste, qu’on ne se pose même pas la question ! C’est un livre qui vous surgèle, vous congèle et vous ébouillante, telles les différentes façons de tuer ledit homard… afin de le déguster, et quelle dégustation !

Ce livre traite du syndrome d’Aspreger, autisme de haut niveau, qui touche des personnes dites autistes, mais qui sont aussi « normales » que vous et moi. Oubliez tout ce que vous savez sur l’autisme, oubliez vos classiques « Rain Man » pour ne citer que lui. Quand vous croisez le chemin de Don Tillman (le héros) à la recherche de l’âme sœur, vous en sortez . . .   comment dire ? Attendri, bouleversé voire brouillé…


Don est un généticien, professeur universitaire émérite, dont la réputation n’est plus à faire…

Don est un ermite, il vit seul retiré dans sa bulle désertique, n’a que deux amis, Gene un coureur qui épingle sur une mappemonde ses conquêtes en fonction de leur nationalité et son épouse Claudia, qui accepte son sort malgré elle

Don est une toile émeri, comme la pierre dur et comme la toile décapant !

Une fois les présentations faites, entrons de le vif du sujet, ce cher Don cherche l’âme sœur, la femme idéale, mais étant asocial, il fallait ruser, trouver THE IDEA pour trouver THE WIFE !!! Pour mener à bien son « projet épouse » il met au point un questionnaire, de 16 pages, extrêmement détaillé lui permettant d'éliminer toutes les candidates qui ne répondraient pas à ses exigences. Et celles-ci sont nombreuses, car pour Don :


La femme idéale NE DOIT PAS
1. Fumer et boire.
2. Être végétarienne et aimer la glace à l'abricot.
3. Se lever après 6 heures.
Mais elle DOIT
1. Faire du sport.
2. Être ponctuelle.
3. Accepter le Système de Repas Normalisé qui prévoit du homard au dîner le mardi.

S’il y a une personne qui ne remplit aucun des critères établis, c’est bien Rosie, étudiante le jour et barmaid la nuit, envoyée par erreur par Gene . La vie de Rosie est inversement organisée à celle de Don ! Don maître de l’organisation, Rosie Déesse de la désorganisation… Elle échoue bien entendu au test, mais cela n’empêche pas Don de l’aider à retrouver son père biologique. Je vous passe les stratagèmes et autres matoiseries afin de prélever l’ADN des nombreux pères potentiels. Rosie et Don, doivent conjuguer leurs forces afin de mener à bien le « projet père ».

La logique scientifique « projet père » et l’abîme de l’amour « projet épouse » vont également se conjuguer dans une aventure extravagante qui vous fera retenir votre souffle jusqu’à la dernière page !


Graeme SIMSION
Parution : 13 Mars 2014