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samedi 6 juin 2015

AMOURS - LEONOR DE RECONDO

« Anselme jette Céleste sur le matelas, chaque fois le même geste qui la balance sur le ventre, la tête plongée dans l’oreiller, la tignasse à portée de main. Il relève la jupe vite fait. Elle ne résiste pas, ne résiste plus. »

Nous sommes en 1908, Céleste, 17 ans issue d’une fratrie tellement nombreuse, qu’elle ne sait même pas combien de frères et sœurs elle a. A eu la chance d’être employée comme bonne dans cette grande demeure bourgeoise tenue par une main de maître par Huguette, la femme de confiance à tout faire, sous les ordres de Monsieur et Madame de Boisvaillant. Anselme est notaire et Victoire également issue d’un milieu aisé, est son épouse depuis 5 ans. Rien ne destinait Victoire à prendre sa vie en main, si ce n’est l’annonce de la grossesse de Céleste.

Céleste n’a jamais eu la sensation de véritablement exister et, soudain, elle est deux fois trop. Ce corps étranger qui croît en elle, est-il la promesse d’une vie meilleure, ou la promesse d’une fin inéluctable.

Victoire sait ce qu’elle veut dorénavant, cet enfant à naître sera l’héritier tant attendu par le couple, et personne ne devrait le savoir.


Quand une nuit les pas de Victoire la mènent vers la chambre de bonne sous les combles, elle y trouve la révélation…

La naissance des amours interdites, de l’amour pur, de toute sorte d’amour, puisque le titre est bien au pluriel, ce huis clos dans une maison bourgeoise, vous donne des papillons dans le ventre, des frissons, du dégoût, de l’inquiétude, en tournant les pages, tour à tour on suffoque dans cette atmosphère si confinée avec les non-dits, tantôt on est surpris par les secrets révélés… au fil des pages, nous ne sommes plus à un secret près.

Tous les trois, triolets d’une histoire miraculeuse. Trois croches du triolet liées ensemble, chacune découlant de l’autre. Victoire, Céleste et Adrien, enfin la victoire céleste…

« Sous les toits en ardoise de la maison bourgeoise, quatre personnes sont couchées, seul l’enfant dort. Les autres gardent les yeux grand ouverts. Chacun dans sa pièce, chacun dans sa solitude profonde, hanté par des rêves, des désirs, des espoirs qui ne se rencontrent pas, qui se cognent aux murs tapissés, aux taffetas noués d’embrasses –métrages de tissu qui absorbent les soupirs pour n’en restituer qu’un écho ouaté. »

La talentueuse musicienne Léonor de Récondo, nous offre une partition bien rythmée, où elle nous conte l’émancipation des femmes du début du XXème. Elle nous peint un tableau réaliste des différences des classes sociales. De la musicalité à chaque mot, chaque mot est une note et chaque note est à sa place. Mais elle laisse surtout le plaisir, la jouissance et l’épanouissement des corps l’emporter, jusqu’où…
Jusqu’à chez votre libraire

Demandez Editions Sabine Wespieser
Date de parution : Janvier 2015
276 pages
PRIX RTL LIRE 2015 et PRIX DES LIBRAIRES




L’auteure :

Je m’en vais la voir de suite, je vous en reparlerai ce soir…

Mise à jour: en cliquant ici, vous pourrez lire quelques lignes suite à ma rencontre avec Léonor, où elle nous parle de son livre

jeudi 26 février 2015

UN HIVER AVEC BAUDELAIRE - HAROLD COBERT

4ème de couverture :
Sa femme l'a mis dehors, son CDD n'est pas prolongé. Philippe est happé dans la spirale infernale et passe de l'autre côté de la barrière sociale: SDF, confronté à la dure loi de la rue, faite de solitude, de honte et de violence. Jusqu'au jour où il rencontre Baudelaire. Grâce à cet inénarrable compagnon d'infortune, et avec l'aide d'un vendeur de kebab, d'une riche veuve et d'une dame pipi, il réussit à remonter la pente. Et à retourner à une vie normale. Plongée sans fard dans le quotidien des plus démunis, Un hiver avec Baudelaire, en mêlant romanesque et vérité sociale, poésie et âpreté, rappelle cet équilibre précaire qui régit nos vies.

Mon avis :
Un équilibre qui ne tient qu’à un fil, un fil qui casse au moindre poids de l’infortune. Une infortune qui a doublé le poids de ses jours. Philippe récemment divorcé, père d’une petite Claire, plonge dans sa lente déchéance, on l’accompagne dans cette descente inexorable, on ne détourne pas, comme on le ferait dans la vraie vie.

« A chaque station, le visage de ceux qui l’aperçoivent en montant se crispe ou se fige avant de se retrancher derrière une indifférence de façade comme on verrouille une porte. Ceux qui vont pour s’asseoir non loin de lui se ravisent à sa vue et, après un demi-sourire tordu et embarrassé, vont s’asseoir plus loin, quand ils ne changent pas de voiture à la station suivante. Ceux qui le repèrent depuis le quai s’épargnent ses simagrées et montent directement dans un autre wagon. Il ferme les yeux »

L’écriture d'Harold Cobert sait nous tenir en haleine, et veut nous mener jusqu’à la dernière page.
Dans la première partie, la vie de Philippe bascule dans une descente aux enfers, elle est décrite sans concession, tout y est, des centres de logement, aux bancs publics, des visages qui se détournent à la violence. Mais avec une dignité toujours présente.

 « L'avenir se vit au présent. Un présent qui ne se conjugue pas. Ou uniquement au mode infinitif. Parce qu’aujourd'hui ressemble à hier, et demain à aujourd'hui. Manger. Dormir. Boire. Rester propre. Emmaüs. Mendier. […] Regarder la date sur la une des journaux. Dormir. Rester propre. Déféquer. Ne pas mourir. Changer de chaussures. Rester digne. Mendier. Ne pas lâcher. Manger. Boire. Dormir. Rester en vie. Penser à Claire. Vivre. Survivre »

Dans la seconde, une belle fable sur l’espoir voit le jour, on veut y croire, et on y croit !!! Une rencontre miraculeuse, le chien, Baudelaire, l’émotion nous prend, nous pend à la gorge, ne nous lâche pas. De la pure poésie, et je tiens à saluer Harold pour ces talents d’orfèvre, les mots sont d’une telle justesse, s’imbriquant les uns dans les autres, nous embarquant…

On ne sort pas de cette lecture indemne, certes, on est charmé par la magnifique plume d'Harold, mais cette descente brutale, cette misère ne sont pas l’apanage des moins bien lotis, personne n’est à l’abri…même avec un joli toit au-dessus de la tête !

Merci Harold Hâte de lire « Lignes Brisées » la semaine prochaine !