RENCONTRES...

samedi 8 octobre 2016

UNE CHANSON DOUCE - LEILA SLIMANI

Une chanson douce ♪♫♪♪ devenue requiem !

« Le bébé est mort. Il a suffi de quelques secondes. Le médecin a assuré qu’il n’avait pas souffert […] La petite, elle, était encore vivante quand les secours sont arrivés… »

Un incipit presque digne de L’étranger de Camus, la curiosité est attisée, on veut en savoir plus. Beaucoup plus sur ces infanticides perpétrés par cette fascinante et mystérieuse nounou Louise. « C’est elle qui tient les fils transparents sans lesquels la magie ne peut advenir. Elle est Vishnou, divinité nourricière, jalouse et protectrice. Elle est la louve à la mamelle de qui ils viennent boire, la source infaillible de leur bonheur familial. »

Sa présence est indispensable, mais reste temporaire. Paul et Myriam ferment sur elle des portes qu’elle voudrait défoncer. Elle n’a qu’une envie : faire monde avec eux, trouver sa place, s’y loger, creuser une niche, un terrier, un coin chaud. Elle se sent prête parfois à revendiquer sa portion de terre puis l’élan retombe, le chagrin la saisit et elle a honte même d’avoir cru à quelque chose.

La descente aux enfers de la famille Massé est très bien contée par Leila Slimani. Elle réussit à mettre en place une atmosphère glaciale, oppressante, mettant mal à l’aise le lecteur, devenant petit à petit spectateur impuissant, par moments on se croirait dans un polar.

Mais au fil des pages, les personnages s’essoufflent, et perdent en profondeur, notamment celui de Paul le père. C’est le portrait d’un couple carriériste face à un drame psychologique. L’amer envers du décor quand on veut concilier vie familiale et vie professionnelle.

Et puis le roman s’arrête, on se rend compte que le soufflé est retombé et qu’on est loin des promesses de l’incipit. Est-ce que je suis passée à côté parce que je ne suis plus concernée par les nounous, n’aurais-je pas vécu cette angoisse comme il se devait ?


Chanson Douce, encensé par la critique, est pour moi, très loin de la révélation de cette rentrée littéraire. Son premier roman, Dans le Jardin de l’ogre était plus abouti. 




4ème de couverture :
Lorsque Myriam, mère de deux jeunes enfants, décide malgré les réticences de son mari de reprendre son activité au sein d'un cabinet d'avocats, le couple se met à la recherche d'une nounou. Après un casting sévère, ils engagent Louise, qui conquiert très vite l'affection des enfants et occupe progressivement une place centrale dans le foyer. Peu à peu le piège de la dépendance mutuelle va se refermer, jusqu'au drame.
A travers la description précise du jeune couple et celle du personnage fascinant et mystérieux de la nounou, c'est notre époque qui se révèle, avec sa conception de l'amour et de l'éducation, des rapports de domination et d'argent, des préjugés de classe ou de culture. Le style sec et tranchant de Leïla Slimani, où percent des éclats de poésie ténébreuse, instaure dès les premières pages un suspense envoûtant

jeudi 29 septembre 2016

LA MESANGE ET L'OGRESSE - HAROLD COBERT

C’est imprégné ou plutôt madéfié de la tension, des questionnements et du harassement des enquêteurs que le lecteur s’attaque à cette mésange qui au fil des pages se métamorphose en ogresse.

A l’instar d’un suspens digne d’un polar, Harold Colbert tient son lecteur en haleine, en alternant de courts chapitres. Tantôt une écriture hésitante à l’image du bafouillage inintelligible de Monique Fourniret, tantôt une écriture mesurée et pleine de retenue pour relater les faits des crimes obscènes et des enquêtes en cours.

Harold a fait le choix de se mettre dans la tête de Monique, qui relègue au second plan son époux dans ce roman. Derrière ces cafouillages et atermoiements, elle balade le lecteur et les enquêteurs entre un statut de victime ou de complice.

« ce n’est pas mon truc à moi, de réfléchir, surtout en ce moment, mon cerveau s’emmêle les pinceaux, il s’embrouille tout seul, trop de questions entre celles que me posent les flics et celles que je dois me poser pour dire les choses que je peux dire et ne pas dire les choses que je ne dois pas dire »

Que penser de cette femme qui va à la chasse aux MSP (membranes sur pattes)?, le code que le couple Fourniret utilise pour désigner de jeunes filles vierges. 
Etait-elle vraiment sous l’emprise de son « Fauve » ?

« C’était vraiment le bon temps, c’était bien, on était ensemble, Fourniret ne me tenait pas encore à l’écart, il était encore mon fauve et j’étais sa mésange, c’était notre pacte, j’existais, je me sentais utile, j’ai toujours aimé rendre service et m’occuper des autres, c’est mon truc à moi, les autres. »

Une emprise qui distordrait tout raisonnement, et qui aurait le pouvoir d’annihiler complètement sa pensée. Et pourquoi cette quête commune « d’anneaux magiques » se serait arrêtée ? Pourquoi Fourniret l’a mise à l’écart ?

Autant de questions que l’on se pose et qui trouvent leurs réponses à la 120ème audition de Monique.

Entre temps, on ne voit pas défiler les 425 pages, Harold a réussi le pari de faire d’un fait-divers écœurant et bouleversant, un page-turner haletant.




4ème de couverture
« Ce que je vais vous raconter ne s’invente pas. »
22 juin 2004. Après un an d’interrogatoires, Monique Fourniret révèle une partie du parcours criminel de son mari, « l’Ogre des Ardennes ». Il sera condamné à la perpétuité. Celle que Michel Fourniret surnomme sa « mésange » reste un mystère : victime ou complice ? Instrument ou inspiratrice ? Mésange ou ogresse ?
Quoi de plus incompréhensible que le Mal quand il revêt des apparences humaines ?
En sondant les abysses psychiques de Monique Fourniret, en faisant résonner sa voix, jusqu’au tréfonds de la folie, dans un face à face tendu avec les enquêteurs qui la traquent, ce roman plonge au coeur du mal pour arriver, par la fiction et la littérature, au plus près de la glaçante vérité.

Date de Parution : 18 Août 2016
Editeur : Plon
Nombre de pages : 425

du même auteur: Lignes briséesUn hiver avec BaudelaireDieu surfe au pays Basque

lundi 20 juin 2016

SAINT-MAUR-EN POCHE 8ème EDITION


Des comptes-rendus, vous en verrez, limite un compte-rendu par blog ! Cette 8ème édition a eu un franc succès malgré le temps qui s’est mis à la mode anglaise comme l’ont été les auteurs à l’honneur,  ceux de langue anglaise.




Si je rédige ces quelques mots c’est pour vous reparler du petit bijou qu’est le dernier né de JérômeAttal « Les Jonquilles de Green Park », j’en ai déjà parlé ici

Gérard Collard l’organisateur du Salon de Saint-Maur-en-Poche en parle sur France 5  =>




Et même là :) 

ben oui j’ai eu l’honneur de voir ma chronique repostée quelques  jours avant le salon par l’organisateur !


Et pour une fois, le fameux « Much Ado About Nothing » pour citer et rester dans la langue de Shakespeare, n’est pas de vigueur :) , parce que du bruit, il y en a eu mais ...

Jérôme a eu le prix de la ville de Saint-Maur la preuve en vidéo et en images…


prix remis par Sa Majesté (enfin il paraît!)





Et juste pour le plaisir voici quelques photos avec /de mes auteurs favoris que j’ai eu le plaisir de re-re-…-rencontrer










La marraine du Salon Victoria Hislop





jeudi 28 avril 2016

AHLAM - MARC TREVIDIC

Bookstaging fait devant un zellige de la mosquée Hassan II de Casablanca



Kerkennah, Tunisie, la quiétude, de belles plages de sable fin et des grains de sable, mais aussi de tous petits grains dans les rouages identitaires. Et quels grains de sable ! De ceux qui vous poussent à vous arrêter pour vous gratter !

Restons sur la beauté, celle des paysages, magnifiques, mais aussi celle de l’amitié qui lie Paul, célèbre peintre français en mal d’inspiration au modeste pêcheur Farhat et sa famille, et plus particulièrement ses enfants Issam et Ahlam.

Ahlam, أحلام, ce doux prénom qui signifie « Rêves » en arabe, mais dont l’auteur revendique le subtil jeu de consonnes qui le fait osciller entre « Halal » et « Haram » *licite/illicite

Paul prend les enfants sous son aile, ils sont doués pour la musique et la peinture, il compte bien réaliser son rêve grâce à eux : une œuvre unique et totale où s’enlaceraient les deux arts. 

10 ans passent, c’est la chute de Ben Ali et ça commence à gratter... une lutte âpre, rêche, entre le monde de l’art et celui du spectre menaçant de l’islamisme voit le jour.

Pourtant élevés de la même façon, Issam et Ahlam évoluent dans des voies opposées. L’actualité est omniprésente, mais présentée sous une trame élégiaque, Trévidic nous mène peu à peu vers la descente aux enfers de cette famille. L’histoire va les attraper, la Tunisie va connaitre son printemps, sa révolution du Jasmin, fleur qui n’embaume pas comme on aimerait…

Alors qu’Ahlam se rebelle dans une Tunisie conservatrice, Issam se fait embrigader par les extrémistes, par leur effrayante logistique et monstrueuse organisation.

Un bel hommage aux femmes des pays arabes qui luttent sans cesse pour leur liberté. Trévidic a gagné le pari de conjuguer amitié, amour et politique


Je n’en dis pas plus, à part que c’est un livre à lire.

Editeur: Lattes
Date de parution: 6 janvier 2016
324 pages

Kerkennah

mardi 22 mars 2016

LIVRE PARIS 2016

Livre Paris 2016, un nouveau nom, une nouvelle identité visuelle, une baisse de fréquentation (-15%) et un droit d’entrée toujours aussi exorbitant. Je ne vais pas revenir là-dessus,  si je rédige cette rétrospective c’est pour vous parler de mes rencontres et surtout de la raison pour laquelle j’ai fait le déplacement.


Denis aka Hibou (des lectures du hibou) était sur le salon les quatre jours dès mon arrivée il me présente à Max Heratz  (Estelas Editions) éditeur du poétique « Les larmes des Saules » de la non moins poétique Martine Magnin. (la chronique arrive bientôt), 







et aussi à la jeune équipe dynamique des Edition Daphnis et Chloé, éditeur de Mathieu Tazo. J’avais tellement entendu parler du fameux « Un caillou dans la chaussure » de Mathieu, que c’était prévu que je reparte avec, sauf que sur le présentoir je vois son premier livre et le titre évoquait tellement mes premières amours que je me suis ruée dessus « La dynamique des fluides », oui, oui ça évoque bien la physique, mais que voulez-vous, les premières amours ça ne s’oublie pas, et une curiosité piquée, ça ne se maîtrise pas.

 Suis bien évidemment repartie avec les deux volumes après avoir passé un excellent moment d’échanges avec Mathieu (je vais vous souffler un petit secret, le gars est tellement sympa que si vous le croisez sur un salon, prévoyez bien un moment à passer avec lui :)  )






Si vous suivez ce blog, vous savez que j’ai quelques auteurs chouchous, Yasmina Khadra était présent pour signer son excellent « La dernière nuit du Raïs », je suis passée lui faire un petit coucou en faisant bien évidemment fi d’une queue interminable. Toujours ravi de revoir ses lecteurs, et prendre une énième photo souvenir.



Quant à mon autre chouchou, Jérôme Attal,  présent samedi sur le salon pour dédicacer son dernier bébé le sublime « les jonquilles de Green Park », il y a refait un petit saut dimanche et j’en ai profité pour passer une heure inoubliable, avec ce parolier, poète et merveilleux écrivain. Je ne vais me re-extasier sur sa plume, les chroniques sont par ici



Et StanislasPetrosky et Jacques Saussey pour le dernier coucou avant de quitter les lieux.





Et enfin vient le moment où je vais vous parler de la raison de ma présence au Livre Paris 2016. Il y a quelques semaines j’ai été approchée par la brillante et pétillante Karine Papillaud, pour la mise en place d’une nouvelle plateforme autour du livre : Glose. Nous sommes une trentaine de lecteurs qui avons eu le privilège de travailler en amont sur ce projet, en lisant et chroniquant certains livres. Le lancement officiel en France a eu lieu lors du Salon.

Mais vous devez vous demander ce qu'est Glose. C'est une start-up Française dont la mission est simple: nous aider à lire plus!
C'est une librairie en ligne qui espère séduire les gros lecteurs individuels mais aussi les universités, les écoles et les centres de formation grâce à une fonction "réseau social"



L’approche est résumée dans la vidéo ci-dessous. 


Et si vous voulez en savoir plus, je vous invite à lire le texte bleu en bas de page.

Nous avons été accueilli par une équipe de jeunes smartphones et autres bidules technologiques à la main. Une ambiance digne d’une sortie entre étudiants (ça fait du bien de remonter dans le temps :) ) un moment de partage convivial et très riche.


Un salon de plus, de nouvelles rencontres, en un mot de quoi être enlivré ;)


L'équipe Glose: 
La lecture de contenus longs (romans, essais, articles, recherches) n'est pas toujours facile : cela prend du temps et de l'attention, de plus en plus difficiles à dégager dans nos vies numériques. Glose veut vous aider à lire plus, en faisant de ce contenu long une expérience plus interactive, sociale et mobile. Notre mission est là, et on espère vous servir au mieux. Nos objectifs sont :
- Vous permettre de lire sur mobile. Glose est une application disponible sur les tablettes et les smartphones. Lire sur mobile vous permet de créer des nouveaux moments de lecture, de lire ou vous voulez, quand vous voulez, avec une bibliothèque toujours dans votre poche. C'est prouvé par toutes les études qui montrent que les lecteurs qui sont passés au livre numérique ont découvert qu'ils lisaient plus qu'avant.
- Vous permettre de partager et découvrir des livres sur les réseaux sociaux. Sur Glose vous pouvez partager des extraits de livres en un clic. Une phrase vous plaît ? Partagez-la sur Facebook, Twitter, par email ou SMS, et découvrez de nouveaux livres en voyant ce que vos amis partagent aussi.
- Vous permettre d'échanger entre lecteurs : sur Glose vous pouvez suivre d'autres lecteurs, voir ce qu'ils lisent, et même échanger avec eux dans les marges du texte que vous lisez. Le livre s'enrichit de vos contributions et évolue avec ses lecteurs.
- Vous permettre de lire gratuitement. Sur Glose nous avons des dizaines de livres gratuits. Mais surtout vous pouvez commencer à lire TOUS nos livres gratuitement, jusqu'a 10% du contenu. Donc ouvrez le livre que vous voulez, commencez à le lire pour vous faire une idée - et décidez ensuite si vous voulez l'acheter ou non, le lire en papier ou en numérique. C'est comme vous voulez.
- Vous conseiller sur vos lectures : par des listes de lecture, des articles-conseil, des interviews d'auteur, et du contenu qui - on l'espère - vous plaira ! Et vos contributions sont évidemment les bienvenues.
Avec tout cela - et plus encore à venir - on espère vous aider a lire plus. Car chaque minute passée a lire un livre de qualité, c'est une minute passée à apprendre, imaginer, et penser.



jeudi 17 mars 2016

L'AMANT DE PRAGUE - MONIQUE AYOUN


Carla française d'origine italienne exubérante et solaire.

Peter tchèque, exilé à Paris, solitaire, buveur et penseur brasillant.


Quand le soleil rencontre la lune sous la plume de Monique Ayoun, ça donne l'amant de Prague.
Après la chute des régimes communistes, Peter retourne à Prague, il veut vivre ce bouillonnement de l’intérieur. Peter... ce Peter perclus de tourments. Exilé politique, solitaire endurci... A Paris seule la nuit lui seyait.
Est-ce parce qu'il est exilé qu'il se refuse de s'attacher à nouveau, que ce soit à un pays ou à une femme? Chassés de l'éternité, les exilés ne tolèrent que le provisoire. Ce sont des êtres sentimentalement morts.

Carla part le rejoindre à Prague pour quelques jours… Peter est lunatique, il la désire et la repousse. C'est un analphabète de l'amour, un autodidacte anarchiste, méprisant de tout académisme
Le lit était le seul lieu où elle avait carte blanche, mais Peter était capable de déchainer des désirs sadiques à qui en serait le plus dépourvu.
Comme un scientifique devant l'objet de sa recherche, elle constate ce curieux phénomène: le plus souvent, dès qu'elle le violente un peu, il s'en remet à elle comme un agneau à sa mère, il lui est tout acquis, il lui obéit...
Cette passivité qu'il s'autorisait, cette féminité à laquelle il ne craignait pas de consentir, le rendait encore plus viril aux yeux de Carla.
Elle n'avait jamais imaginé qu'un homme pût oser se laisser ainsi dominer, qu'il s'abandonnât si volontiers, avec cette grâce quasi-seigneuriale, ce mépris des rôles obligés. Elle admirait Peter pour cela aussi
Oui, plus violente l'algarade, plus délicieux l'épilogue…

Il n'existait pleinement que lorsqu'il buvait. Cette béquille lui permettait enfin de parvenir à sa véritable identité. Une identité d’où on tire de troublantes correspondances avec Kafka. D’ailleurs, c’est le journal de Kafka à la main que Carla errait dans les rues de Prague, essayant de détricoter cette relation.
Il est question d’amour, mais vous avez compris, c’est cet amour qui fait mal, dans la chair et l’esprit.
Il m’a fallu quelques pages pour entrer dans cette histoire tourmentée, mais en fermant le livre, je n’avais qu’une envie, enfin deux… lire Le Journal de Kafka, et visiter Prague.

En fait, pourquoi passait-il si vite de la soumission la plus totale à la rébellion la plus vive? Pourquoi oscillait-il sans cesse entre attirance et répulsion ? pour en savoir plus…

Editions de la Grande Ourse
166 pages
Date de Parution : Janvier 2015



L’auteur :
Monique Ayoun est romancière et journaliste (Psychologies, Biba, L'Obs)

Elle est notamment l'auteur de Mon Algérie, Le Radeau du Désir et Histoire de mes seins. L'Amant de Prague est son troisième roman.

dimanche 6 mars 2016

LES JONQUILLES DE GREEN PARK - JEROME ATTAL




Tommy 13 ans, sa grande sœur Jenny et leurs parents se préparent à fêter Noël, nous sommes en septembre 1940. Les jerrys sont en plein blitz (la campagne de bombardements stratégiques menée par la Luftwaffe contre le Royaume-Uni). La guerre est là, on fait avec, les rêves et les projets résistent, comme résistent Tommy et sa bande de copains, qui ne jurent que par leurs super-héros, tout juste sortis de leurs comics préférés ainsi que leur héros suprême, Winston Churchill.

Tommy est un philatéliste acharné, il rêve de devenir écrivain, le crayon, c’était son couteau de l’armée suisse à lui. Pour venir à bout, entailler ou ouvrir, un moment précis. Et laisser son passage dans l’écorce des jours.

« Si y a un truc qui me rend malade dans la vie, c’est de ne pas pouvoir offrir la gentillesse en retour. Et aussi qu’on n’ait pas su se dire au revoir, que la vie après tout, ce soit juste une question de petites étoiles qui se croisent et se sourient, et dont les efforts pour s’emparer du temps qui passe ne signifient rien à la fin. »

Que voulez-vous que je vous dise ? Que j’ai replongé en adolescence, oui. Que j’ai vécu avec Tommy ces premiers émois, oui. Que l’horreur de cette guerre, ses abris et débris; m’ont bouleversée, oui. 

Jérôme Attal, grâce à sa plume poétique - il n’est pas parolier pour rien-  a mis tous les ingrédients nécessaires pour tenir son lecteur en haleine. Le voir s’attendrir devant cette innocence d’ado, ces petites bagarres de rues où ces jeunes se prennent pour des hommes, ces copains voyous dont on ne peut se passer. 
Et Mila oh Mila et ses mots, qui font passer les jours si vite, en attendant de voir fleurir les jonquilles de Green Park au mois d’Avril. 

Ces petits riens auxquels on s’accroche, non pas pour oublier, mais pour ne pas fléchir, rester droit et fier telles ces jonquilles qui ne ploient jamais! Et surtout pour traverser cette guerre en attendant de meilleurs lendemains.

Je suis sure que si vous lisez ce livre, à chaque fois que vous verrez des jonquilles, vous penserez à Tommy, et à tous ceux qui ont su s’accrocher à leurs rêves.
  
Un Pez Jérôme ? :)


Editions: Robert Laffont
Direction: Stéphane Million
213 pages
Date de parution: 03 Mars 2016 en même temps que les jonquilles...

Et pour se mettre dans l’ambiance du livre, je vous invite à écouter " The white cliffs  of dover" de Vera Lynn








Un autre bijou sur le même thème, des enfants face à l’horreur de la WWII la chambre d’Hannah de Stéphane Bellat, Et un autre héros amoureux de comics, Tom l’éclair de Paul Vacca
Et du même auteur le drôlar  « Aide-moi si tu peux »



LE VOYAGE DES MOTS - ALAIN REY & LASSAAD METOUI





Aujourd’hui je ne vais pas vous parler d’un livre coup de cœur, j’étais tellement fébrile en l’achetant hier, que je me suis ruée dessus dans un coin calme au salon du livre de Bron, il fallait que je le feuillette faute de pouvoir le lire ! J’étais tellement emportée, que j’en parlais, peut-être un peu trop fort, au point qu’un inconnu a fini par s’intéresser à ma diatribe….

Ce livre ne raconte pas une histoire, mais plusieurs histoires, celles des mots ! Les mots qui ont voyagé à travers le temps de l’orient arabe et persan vers la langue française.

Ce n’est pas un livre, c’est un beau livre, le genre de livre que vous laisserez traîner sur votre table basse pour y jeter un petit coup d’œil de temps en temps. Et avouons-le, vous le laisserez-là sciemment pour que vos invités y jettent aussi un coup d’œil.

Mais pourquoi un beau livre, pourquoi l’esthétique viendrait-elle s’immiscer dans les mots ? Tout simplement  parce qu’il est magnifiquement illustré par des calligraphies de Lassaâd Metoui.

Il est difficile d’aimer la langue française et l’étymologie et de ne pas connaitre Alain Rey, c’est un maître sans ce domaine, un trésor national. Sa collaboration avec Metoui nous donne un ouvrage qui incarne la célébration de la rencontre de ces deux cultures, l’orientale et l’occidentale, sous la forme française.

L’ouvrage nous conduira de la découverte, scientifique et visuelle du ciel visible, la mer, le désert, en passant par les abstractions de l’algèbre. On fera un tour en chimie; le monde sensible des couleurs, les légumes et aromates, les bestiaires et même votre vestiaire. A ce propos, et l’exemple qui me tient à cœur, c’est le mot JUPE, je ne m’étalerai sur la polémique du port des jupes, mais il est surprenant d’apprendre que le mot jupe vient de l’arabe alors qu’au Maroc par exemple on utilise le mot saya qui vient du portugais… on ne va pas chercher à comprendre, mais je vous laisse le soin de lire ce paragraphe sur la jupe et de découvrir la calligraphie, où on voit le mot al jubba calligraphié en bas. Et c’est le cas pour tous les mots de cet ouvrage, une explication étymologique et une calligraphie en arabe.







Je vous promets que vous vous régalerez, et si vous avez la chance d’être bilingue, c’est l’apothéose ! 


Editions Guy Trédaniel
Date de parution 25 octobre 2013
447 pages (le nombre de pages ne doit pas vous rebuter, les textes sont courts et il y a beaucoup de calligraphies)


dimanche 28 février 2016

LE MARIAGE DE PLAISIR - TAHAR BEN JELLOUN


L’esclavage n’a été aboli qu’en 1922 au Maroc, autant dire, que nos grands-parents s’en souviennent. Qu’en est –il advenu de ces anciens esclaves, ont-ils été affranchis ? Certains d’entre eux oui, mais pas tous.  Avant tout pour des questions de coutumes et, bizarrement aussi, parce que les esclaves (ou du moins ceux qui étaient nés ainsi) avaient tellement intégrés leur statut, qu’ils pouvaient avoir du mal à envisager leur autonomie…

Cette petite introduction est là pour poser le décor dans lequel  évolue « le mariage de plaisir » dernier-né du grand Tahar Ben Jelloun.

Il n’est nulle question d’esclavage,  le livre nous conte l’épopée familiale d’une famille fassie (de Fès) du milieu des années 50 (juste avant la fin du protectorat) à nos jours.  Mais dans l’esprit de tous, à l’époque, un noir, ne peut être qu’un esclave. 
Amir commerçant prospère, marié à Fatma.  Leur mariage était-il heureux ? On ne se posait pas la question. Elle lui a donné des enfants. Les apparences étaient sauves. Dans cette ville de Fès, renfermée sur elle-même, creuset de la civilisation arabo-andalouse, on ne plaisantait pas avec les convenances.

Dans l’islam, il est permis à un homme qui part en voyage de contracter un mariage à durée déterminée, « mariage de plaisir - زواج المتعة ». C’est dans ces conditions qu’Amir, a pour habitude d'épouser temporairement Nabou, une magnifique Peule de Dakar, où il part s’approvisionner.

Amir accompagné de son fils Karim, simple d’esprit, mais un personnage attachant et lumineux, entame un ultime voyage à Dakar.  Les choses se corsent quand l’amour fait des siennes, Amir tombe éperdument amoureux de Nabou, cette femme libre en matière d’amour, que le poids de la religion ne bloque pas. Il la ramène à Fès en tant que seconde épouse. 
Deux grandes portes s’ouvrent grand : celle de la jalousie (que l’on comprend) et celle du racisme. Dans un pays où le noir est perçu comme le décrit Fatma : « Jamais, jamais de la vie je ne supporterai d’avoir été supplantée par une Négresse, une étrangère sale et qui ne sait même pas parler. Elle a ensorcelé mon mari elle lui a jeté un sort et moi aussi je suis sa victime. Ce sont des gens sauvages qui nous détestent parce que Dieu nous a faits blancs et propres et eux sont des déchets de l’humanité ».  
Une preuve éclatante d’un racisme presque inconscient qui n’offusquait personne à part ses victimes. Mais personne ne bougeait, personne ne réagissait dans un Maroc encore sous protectorat, à la veille de l’indépendance.

Le temps ne fait pas toujours oublier les douleurs, mais il coule… Nabou met au monde des jumeaux, Hassan et Houcine, l’un blanc, l’autre noir.  La seconde partie du livre y est consacrée. Devenus adultes, ils ont suivi des chemins différents, le blanc est intégré, le noir Hassan défaitiste, vit beaucoup moins bien sa condition et ne parvient pas à offrir à son fils Salim, noir également, de meilleurs horizons. 
Salim le rebelle, se retrouve arrêté dans une rafle avec d’autres subsahariens et est renvoyé au Sénégal….
Je n’en dévoile pas plus.

A la manière d’un conte, Tahar Ben Jelloun, nous  dépeint un  racisme ordinaire qu’on tait, et les humiliations subies, dans la société marocaine de ces 60 dernières années. Il nous parle aussi  de deux  tabous que sont la sexualité  et l’amour dans une société fassie conservatrice,  du courage qu’il faut pour affronter le regard des autres. Un livre choc, violent,  cette détresse surgie d’une double identité, quand votre destin est esquissé par la couleur de votre peau, et qui amène à une  envie viscérale de retrouver ses racines.
Un magnifique roman

Editions Gallimard
Date de parution : 11 février 2016

260 Pages





Tahar Ben Jelloun est un écrivain et poète marocain de langue française, né le 1er décembre 1944 à Fès (Maroc).




Après avoir fréquenté une école primaire bilingue arabo-francophone, il étudie au lycée français de Tanger jusqu'à l'âge de dix-huit ans, puis fait des études de philosophie à l'université Mohammed V de Rabat, où il écrit ses premiers poèmes — recueillis dans Hommes sous linceul de silence (1971). Il enseigne ensuite la philosophie au Maroc. Mais, en 1971, à la suite de l'arabisation de l'enseignement de la philosophie, il doit partir pour la France, n'étant pas formé pour la pédagogie en arabe. Il s'installe à Paris pour poursuivre ses études de psychologie.

À partir de 1972, il écrit de nombreux articles pour le quotidien Le Monde. En 1975, il obtient un doctorat de psychiatrie sociale. Son écriture profitera d'ailleurs de son expérience de psychothérapeute (La Réclusion solitaire, 1976). En 1985, il publie le roman L'Enfant de sable qui le rend célèbre. Il obtient le prix Goncourt en 1987 pour La Nuit sacrée, une suite à L'Enfant de sable. Il participe en octobre 2013 à un colloque retentissant au Sénat de Paris sur l'islam des Lumières avec Malek Chebel, Reza, Olivier Weber, Abdelkader Djemaï, Gilles Kepel et Barmak Akram.


Tahar Ben Jelloun vit actuellement à Tanger avec sa femme et ses enfants (Merième, Ismane, Yanis et Amine), pour qui il a écrit plusieurs ouvrages pédagogiques (Le Racisme expliqué à ma fille, 1998).